À tous les niveaux, la didactique de la lecture est orientée vers la compréhension, c’est-à-dire vers l’extraction du sens d’un texte. Ce parti pris risque d’entrainer une dévalorisation croissante de la lecture à haute voix. Celle-ci est considérée soit comme un échelon inévitable de l’apprentissage pour les débutants, soit comme une forme plutôt technique et extérieure de la lecture collective en classe. Dans les deux cas, l’enseignement vise à une forme de lecture qu’on pourrait appeler « lecture-information », qui se pratique en silence pour de bonnes raisons. Mais la question de l’apprentissage de la lecture à école n’a pas seulement un côté technique, mais aussi – et peut-être avant tout – un côté poétique. Celui-ci se manifeste plus que dans aucune autre pratique dans l’acte de la lecture à haute voix, premièrement parce que cette forme de lecture implique le sujet tout entier, sa voix, son corps, sa façon de mettre en scène le texte qui est lu, et deuxièmement parce quʼil a aussi une dimension vocale dans le texte même, qu’il soit littéraire ou non. Ce qui nécessite une autre forme de lecture, la « lecture-écoute ». La conférence essaie de circonscrire les raisons qui empêchent souvent sa mise en pratique à l’école et les ressources didactiques pour la formation des lecteurs compétents.