Théories et pensées postcoloniales

Séminaire doctoral de lectures 2014-2015

Présentation.

Le séminaire doctoral proposé cette année s’inscrit dans la continuité de celui intitulé « Théories postcoloniales » qui a eu lieu en 2013-2014. Répondant à un souhait exprimé par les participants du séminaire précédent, les lectures proposées s’articulent autour de thématiques plus spécifiques et de textes plus courts. Une lecture principale et deux lectures complémentaires sont proposées pour chaque séance. Ces dernières permettront d’alimenter les échanges et la réflexion.

Il s’agit d’un séminaire participatif, et les doctorants/participants sont invités à choisir parmi le programme des séances la lecture principale ou complémentaire qu’ils souhaitent présenter et qui servira de base au débat. Il est attendu des participants qu’ils aient au moins lu le texte principal.

Le séminaire se déroule un vendredi par mois de 14h à 16h30, à l’Université Saint-Louis (sauf exceptions).

Université Saint-Louis : Salon des Professeurs, rue du Marais n°109 à 1000 Bruxelles, 5e étage. Accès : SNCB (Gare du Nord) ; STIB (Rogier ou Botanique).

Renseignements et inscriptions : Jonathan Collin – eb.ca1547887003.glu.1547887003tcod@1547887003nillo1547887003c.nah1547887003tanoj1547887003

 

PROGRAMME.

Vendredi 24/10/2014 : Les études postcoloniales dans le contexte latino-américain.

Coordinateurs de la séance : Benoît Henriet (USL-B), Claudia Monica Navarro de Vargas (UCL) et Gustavo Vargas (UCL).

L’objectif de la séance est d’approcher les études postcoloniales dans le contexte latino-américain et leurs particularités, d’observer les apports qui peuvent en être tirés pour une meilleure compréhension des situations postcoloniales, par un décentrement du regard souvent porté vers l’Afrique subsaharienne ou l’Asie du Sud.

Les auteurs abordés – Rivera, Bortoluci, Mignolo – questionnent la dichotomie opposant la modernité occidentale à l’altérité du colonisé, et mettent en valeur les acteurs invisibles des sociétés sud-américaines, au travers d’un intérêt renouvelé pour les sources orales et les savoirs des peuples indigènes.

Textes :

Lecture principale :

–       Bortoluci José H. and Jansen Robert S., 2013, “Toward a Postcolonial Sociology: the View from Latin America”, Political Power and Social Theory, p.199-229.

Lectures complémentaires :

–       Mignolo Walter, 2013, « Géopolitique de la sensibilité et du savoir. (Dé)colonialité, pensée frontalière et désobéissance épistémologique », Mouvements, p.181-190.

–       Rivera Cusicanqui Silvia, “The Historical Horizons of Internal colonialism”.

 

Vendredi 21/11/2014 : « Francophonie » et « postcolonial ». Des mots qui dérangent le champ littéraire et l’institution universitaire ?

Coordinateurs de la séance : Sarah Demart (ULg) et Sabrina Parent (ULB).

Alors que les théories postcoloniales prennent leur source chez des intellectuels (Césaire, Memmi, et alii) dont l’œuvre littéraire (poétique, romanesque, autobiographique) participe pleinement à l’élaboration de leur pensée et alors que ces mêmes théories ont, dans le monde anglo-saxon, contribué à un renouveau des études littéraires (en relisant, par exemple, le « canon » classique à la lumière du fait colonial), il semble que l’institution universitaire française et belge manifeste une forte réticence quant à la pertinence de ces théories, en particulier dans le champ littéraire dit « francophone ». Comment expliquer ce dédain face à une approche critique qui, bien que commençant à « dater » dans le monde anglo-saxon, est toutefois disqualifiée dans le monde francophone sous prétexte, entre autres, qu’elle ne serait rien de plus qu’un phénomène de « mode » ? Quels acquis et quelles perspectives la recherche anglo-saxonne nous offre-t-elle en matière de théories postcoloniales focalisées sur un corpus littéraire francophone (incluant la littérature française stricto sensu) ? Où pouvons-nous innover ?

Textes :

Lecture principale :

–       Bayart Jean-François, 2010, Les Études postcoloniales, un carnaval académique, Karthala, Paris (chapitres 1 et 2).

Lectures complémentaires :

–       Bancel Nicolas and Blanchard Pascal, 2009, « From Colonial to Postcolonial: Reflections on the Colonial Debate in France », in Forsdick Charles and Murphy David, Postcolonial Thought in the French-speaking World. Postcolonialism Across the Disciplines, Liverpool University Press, Liverpool, p.295-305.

–       Moura Jean-Marc, « Postcolonialisme et comparatisme », Bibliothèque comparatiste, Société française de littérature générale et comparée.

 

Vendredi 19/12/2014 : La Négritude et l’anticolonialisme.

Coordinateurs de la séance : Antoine Tshitungu Kongolo (UNILU, Lubumbashi), Charlotte Pezeril (USL-B) et Benoît Henriet (USL-B).

Cette séance sera consacrée à des auteurs phares de l’anticolonialisme qui ont forgé et conceptualisé la notion de « négritude » à partir des années 1930. Ancrée dans le champ littéraire et poétique, cette notion est envisagée comme un « instrument de libération » avant de faire l’objet de vives critiques. Pour bien la comprendre, nous reviendrons principalement sur l’œuvre d’Aimé Césaire, mais aussi sur celle de Léopold Sédar Senghor.

Textes :

Lectures principales :

–       Césaire Aimé, 2004 (1987), Discours sur la négritude, Présence africaine, Paris.

Césaire Aimé, « Lettre à Thorez », 24/10/1956.

Lectures complémentaires :

–       Senghor Léopold Sédar, 1964, Liberté 1 : Négritude et humanisme, Discours, conférences, Le Seuil, Paris.

–       Sartre Jean-Paul, 1948, « Orphée noire », préface à Anthologie de la nouvelle poésie nègre et malgache de langue française de Léopold Sédar Senghor, PUF, Paris.

 

 

Vendredi 23/01/2015 : Whiteness studies et critique postcoloniale.

Coordinateurs de la séance : Sarah Demart (ULg) et Amandine Lauro (ULB).

En référence à des auteurs comme WEB Dubois, les Whiteness Studies se sont constituées comme un champ critique des rapports de pouvoir liés à la race, mais aussi aux discriminations ethniques, de genre et de classe. Leur objet : restituer les enjeux politiques, économiques et symboliques qu’engage l’invention de la blanchitude/blanchité. Ce courant interroge les privilèges structurels des dits « Blancs » en même temps qu’il analyse les pratiques culturelles produisant et reproduisant la fiction de la blanchitude.

Textes :

Lecture principale :

–       W.E.B. Du Bois, 2004 [1e éd. 1903], Les âmes du peuple noir, trad. de l’angl. et annoté par Magali Bessonne, Éditions Rue d’Ulm, Paris

Lectures complémentaires :

–       Kolchin Peter, 2002, “Whiteness Studies: The New History of Race in America”, The Journal of American History, Vol. 89, No. 1, p.154-173.

–       Mizutani Satoshi, 2006, “Historicising Whiteness: From the Case of Late Colonial Indiae”, Journal of the Australian Critical Race and Whiteness Association 2, no.1.

 

Vendredi 27/02/2015 : Jeunesse, territorialité et postcolonialisme.

Coordinateurs de la séance : Jonathan Collin (ULg) et Sarah Demart (ULg).

Cette séance propose de questionner les théories postcoloniales dans le champ des études en sciences sociales sous l’angle de la jeunesse et de la territorialité dans les anciennes métropoles, en particulier dans le contexte français des banlieues ou cités. Nous aborderons les écrits de deux sociologues – Mohammed et Lapeyronnie – ayant mobilisé, dans leurs analyses, des perspectives et outils redevables des études postcoloniales pour rendre intelligibles les pratiques de jeunes vivant dans ces espaces urbains ainsi que les politiques publiques qui leur sont spécifiquement appliquées.

A côté de ces travaux, il nous a semblé intéressant de revenir à un auteur plus strictement « postcolonial » dont le questionnement porte explicitement sur le rapport entre ville et postcolonialisme. Pour ce faire, nous ferons appel lors de cette séance à Jane M. Jacobs.

 

 

Textes :

Lecture principale :

–       Jacobs Jane M., 1996, Chapitre à déterminer, ­in Edge of Empire: Postcolonialism and the City, Routledge, London and New York.

Lectures complémentaires :

–       Mohammed Marwan, 2011, « Des bandes de ‘blousons noirs’ aux Noirs en blousons ? » (Chapitre 5), dans La formation des bandes, PUF, Le Lien Social, Paris, p.289-323.

–       Lapeyronnie Didier, 2005, « La banlieue comme théâtre colonial, ou la fracture coloniale dans les quartiers », dans Bancel et al., La fracture coloniale, La Découverte, Cahiers libres, p.209-218.

 

Vendredi 27/03/2014 : Littérature et postcolonialisme. A la rencontre de deux univers.

Coordinateurs de la séance : Jonathan Collin (ULg) et Justine Feyereisen (ULB).

Alors que sonne le début des guerres d’indépendance, le Portrait du colonisé (1957) d’Albert Memmi sollicite une lecture à la fois poétique et politique, cristallisant l’apport de la littérature au développement de la question (post)coloniale. À partir de cet essai engagé et des textes critiques qui l’accompagnent, il s’agit d’appréhender l’évolution des relations – parfois tendues – entre les domaines anglo- et francophones du littéraire et du postcolonial, ainsi que leur articulation quant à l’étude des interactions et de l’hybridation des cultures et des langues résultant des dynamiques d’une modernité mondialisée.

Textes :

Lecture principale :

–       Memmi Albert, 2010, « Les deux réponses du colonisé », dans Portrait du colonisé, précédé du portrait du colonisateur, Buchet/Chastel-Corrêa, 1957. Dernière réédition : Gallimard (Coll. « Folio/actuel », n°97).

Lectures complémentaires :

–       Ashcroft Bill et al., c1989, 2002, « Re-placing Theory: post-colonial writing and literary theory » (chapter 5), in The Empire Writes Back. Theory and Practice in Post-Colonial Literatures, Routledge, London and New York.

–       Combe  Dominique, 2011, « Le  texte  postcolonial  n’existe  pas :  Théorie  postcoloniale,  études  francophones  et  critique génétique »,  Genesis,  Presses  universitaires  de  Paris-Sorbonne, Paris,  n°33, p.15-28.

 

Vendredi 24/04/2014 : Postcolonial, religion et laïcité.

Coordinateurs de la séance : Nadia Fadil (KUL) et Charlotte Pezeril (USL-B).

L’approche postcoloniale et sa méthode généalogique ne nous a pas seulement appris à lire et décoder les rapports de forces dans le domaine politique, mais plusieurs chercheurs se sont aussi penché sur la façon dont cette méthode induit une nouvelle façon de réfléchir le religieux et la question de la laïcité. Le travail de Talal Asad figure, sans aucun doute, parmi les approches les plus influentes dans le monde anglo-saxon. Dans ses différents travaux, Talal Asad nous invite a déconstruire nos catégories les plus élémentaires afin de réfléchir et de penser le phénomène religieux en traçant et situant l’historicité bien précise du cadre anthropologique et scientifique. Le texte‚ « The construction of Religion as an Anthropological Category », figure parmi les classiques dans cette perspective et sera exploré en relation avec d’autres textes clés de l’auteur et des auteurs qui adoptent une approche similaire, en l’enrichissant notamment des perspectives féministes.

Textes :

Lecture principale :

–       Talal Asad, 1993 (1982), « The construction of Religion as an Anthropological Category », Genealogies of Religion; Discipline and Reasons of Power in Christianity and Islam,  Johns Hopkins University Press, Baltimore, p.27-54.

Lectures complémentaires :

–       Mahmood Saba, 2001, « Feminist Theory, Embodiment, and the Docile Agent: Some Reflections on the Egyptian Islamic Revival », Cultural Anthropology 16, p.202-236.

–       Mayanthi Fernando, 2012, Belief and/in the Law. Method and Theory in the Study of Religion, 24, p.71-80.

 

Vendredi 29/05/2014 : Citoyennetés (post)coloniales.

Coordinateurs de la séance : Benoît Henriet (USL-B) et Charlotte Pezeril (USL-B).

Les situations coloniales ont été caractérisées par la coexistence de différents régimes légaux imposés aux peuples d’empires en fonction de leur origine ou de leur position dans l’espace social. Les trajectoires et les destinées individuelles ou collectives des « citoyens » et des « sujets » ont été profondément déterminées par les droits et les devoirs s’imposant aux uns et aux autres.

Si les décolonisations effacent en principe ces distinctions, de nouvelles formes d’inégalités, touchant tant les diasporas postcoloniales que les populations des nouveaux Etats indépendants, perpétuent  encore aujourd’hui ces différenciations. Les trois textes abordés au cours de la séance – Cooper, Mamdani et Nguyen – abordent la fin des régimes de distinction en Afrique ainsi que l’émergence de nouvelles formes de citoyenneté dans un monde postcolonial marqué entre autres par la globalisation et la diffusion du Sida à l’échelle de la planète.

Textes :

Lecture principale :

–       Cooper Frederick, 2014, Citizenship Between Empire and Nation, Princeton, p.1-25.

Lectures complémentaires :

–       Mamdani Mahmood, 1996, Citizen and Subjects, Princeton, p.285-302.

–       Nguyen Vinh-Kim, « Antiretroviral Globalism, Biopolitics, and Therapeutic Citizenship », in by Ong, Aihwa & Stephen J. Collier (ed.), Global assemblages: technology, politics, and ethics as anthropological problems, Blackwell, p.124-144.

Comité d’organisation.

Jonathan Collin (ULg), Sarah Demart (FNRS-ULg), Benoît Henriet (USL-B) et Charlotte Pezeril (USL-B), avec le soutien scientifique de Nadia Fadil (KUL) et d’Amandine Lauro (FNRS-ULB) pour deux des séances programmées.

mail: moc.l1547887003iamg@1547887003selai1547887003noloc1547887003tsop.1547887003p1547887003

 

 

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