Ecologie de la conservation : comprendre pour mieux protéger

Face à l’érosion actuelle de la biodiversité, nos recherches sont de plus en plus ancrées en biologie de la conservation des amphibiens et autres organismes peuplant les mares et les lacs mais également les cours d’eau. Celles-ci visent à documenter, expliquer et fine d’agir pour la sauvegarde de ces espèces et de leur habitat.

Quantifier le déclin. Des inventaires standardisés dans une grande gamme d’habitats permettent un suivi spatial et temporel précis des populations et donnent des mesures quantitatives du déclin des espèces tout en délimitant les répartitions. Aux échelles régionales, nationales et européennes, nos monitorings et analyses cartographiques ont ainsi pu montrer des pertes colossales de biodiversité, avec un déclin généralisé de certaines espèces tant d’espèces communes que rares. Ces suivis à long terme et les bases de données constituées constituent l’information de base essentielle et peuvent se combiner à d’autres études similaires pour une quantification globale du statut et du déclin des espèces.

Nous portons un intérêt central à la diversité intra-spécifique, en particulier à la pédomorphose, un processus par lequel les tritons deviennent maturent tout en gardant des branchies. Nos recherches ont ainsi relevé la quasi extinction de ces phénotypes dans certaines régions tout en mettant l’accent sur l’intérêt de conserver ces fabuleux exemples de variations développementales.

Identifier les causes du déclin. Nous visons ensuite à identifier les déterminants de l’occupation des sites et du déclin qui y est observé. Ici aussi les suivis à long terme dans de nombreux contextes prennent tout leur sens et ce, en particulier pour identifier les nouvelles menaces.  Ainsi, nous avons pu montrer l’effet des introductions d’espèces, tels des poissons téléostéens sur les écosystèmes aquatiques et en particulier les amphibiens. Ces introductions ont amenés à une raréfaction voire à une extinction des populations. Des espèces, souvent considérées comme peu menaçantes, se sont avérées dangereuses pour la pérennité des espèces natives. D’autres, comme les espèces de grenouilles invasives ont encore un effet qui reste à déterminer. L’intensification des pratiques agricoles peut mener à une raréfaction, une pollution et au final à une inadéquation des points d’eau. Le changements climatique quant à lui peut aussi jouer un rôle notable de par l’accentuation du risque d’assèchements des eaux. Globalement, tous ces effets impactent aussi la connectivité, elle même contribuant au déclin en perturbant les flux nécessaires entre sites.

Comprendre les mécanismes. Nous analysons finement les comportements des espèces et leurs interactions. Il est ainsi possible d’identifier les contextes dans lesquels des perturbateurs environnementaux peuvent être plus néfastes et à quel point tel ou tel perturbateur affecte spécifiquement les espèces natives. L’étude du comportement, de la dispersion et des flux trophiques est ainsi indispensable pour comprendre la place des espèces dans ces réseaux et la manière dont elles réagissent aux perturbations.

Communiquer et agir. Au delà des publications et communications scientifiques, nos recherches permettent de communiquer directement lors du travail de terrain afin d’informer sur l’existence des menaces et in fine de plaider pour une protection active des espèces.  Au travers d’expertises et de communication de données, nous renseignons les gestionnaires sur la présence d’espèces protégées et les menaces pesant sur celles-ci. Des gestions ciblées ont ainsi mené à la résilience d’espèces disparues localement. Au niveau européen, nous participons à l’établissement des listes rouge de l’UICN, à des programmes collaboratifs (COST par exemple) et à des campagnes conjointes avec des organisations de protections de l’environnement (CDEPACBiodiversity Strategy) et à des consortiums de recherches ciblées en conservation visant à plaider pour une amélioration des mesures de protection en faveur de la biodiversité et inéluctablement de notre espèce. C’est également au travers du relais par service de presse que ces informations ont pu être relayées (voir par exemple le National Geographic ou Daily Science). Notre message relatif à la rareté et aux menaces pesants sur les organismes étudiés a aussi pu être diffusé par divers documentaires (notamment sur l’écologie de la pédomorphose des salamandres tigres américaines, sur celle des tritons européens (extrait) ou sur la conservation des salamandres géantes du Japon).

Enfin, au travers d’enseignements en Master, nous visons à former les étudiants à la compréhension de l’écologie et de la conservation des amphibiens ainsi que, plus généralement du comportement des espèces, élément-clé pour l’adoption adéquate de mesures de protection. Nos stages de fins d’études sont eux aussi axés pour la plupart en conservation des amphibiens, donnant ainsi les bases complémentaires du cursus en biologie pour réaliser une thèse de doctorat dans le domaine ou rejoindre des associations ou autres entités dédiées à la conservation.

Publications et communications orientées en écologie de la conservation: lien vers le dépôt institutionnel (pdf en open access)

Quelques publications représentatives en écologie de la conservation :

Déclin majeur des amphibiens et effet des espèces introduites en milieux apparemment protégés  : Ecological Monographs 2019

Intérêt des cartographies dans l’analyse des déclins : Biodiversity and Conservation 2002

Identification des aires de conservation prioritaire : Ecological Applications 2015

Le risque pesant sur les espèces communes : PLoS ONE 2013

La gestion, un espoir pour la sauvegarde des populations : Biological Conservation 2015

Les hautes densités en point d’eau, un atout pour les tritons : Ecography 2019Animal Behaviour 2017

Evitement comportemental des sites empoissonés par les espèces  natives : Animal Behaviour 2015

Invasions de grenouilles exotiques – une menace en pleine expansion : Scientific Report 2017