Groupe de Recherche en Primatologie

Responsable: Brotcorne Fany
Fondatrice: Marie-Claude Huynen
Email: eb.eg1542082830eilu@1542082830enroc1542082830torbf1542082830
Phone: +32 4 366 51 12

 

 

Groupe de Recherche en Primatologie

Vue d’ensemble et historique

Le Groupe de Recherche en Primatologie (Primate Research Group, PRG) s’intéresse principalement à des questions d’éco-éthologie et de socio-écologie des primates en milieu naturel. Tout d’abord principalement concentrées sur les mécanismes d’exploitation des habitats (écologie alimentaire, prédation des nids d’oiseaux, dispersion des graines, évolution des domaines vitaux), les recherches du PRG consacrent maintenant une importance croissante à l’étude du comportement des populations de primates au sein d’environnements perturbés, voire totalement anthropisés.

Les modifications des environnements, souvent liées plus ou moins directement à une pression anthropique, menacent dans bien des cas la survie des espèces végétales et animales et notamment celle des primates non-humains.  Si certaines espèces font montre d’une certaine flexibilité, d’autres sont moins adaptables et donc plus fragiles. L’évaluation systématique de l’adaptabilité ou de la fragilité des espèces face aux modifications de leur environnement est indispensable à la mise en place de mesures de protection et de conservation adaptées.

Au travers de l’étude du comportement et de l’écologie des primates, le PRG s’intéresse donc de plus en plus à leur conservation et notamment aux arguments soulignant leur importance: par exemple, le rôle des primates non-humains dans le maintien et la régénération de l’habitat forestier en tant que disperseurs de graines. Un second thème se focalise sur la dynamique écologique et comportementale caractéristique des populations de primates commensaux vivant en milieux fortement anthropisés, notamment en Asie. Dans ce cadre, nous développons également des projets appliqués de gestion de populations de macaques en conflit avec l’homme et analysons l’efficacité et les impacts des stratégies mises en place.

Historiquement, les recherches du PRG ont porté sur de nombreuses espèces, aussi bien de « grands singes » (apes and lesser-apes): gorilles, chimpanzés, bonobos, gibbons, que de « singes » (monkeys) : babouins, macaques, colobes, mangabeys, hurleurs, capucins, tamarins,… L’intérêt pour les espèces en milieu naturel peut également impliquer des moments de recherche en captivité, ce que nous entreprenons via des collaborations avec des zoos partenaires (notamment Cologne, Mulhouse, Strasbourg…).

Le groupe rassemble, de façon permanente ou temporaire, les membres de l’équipe de primatologie de l’ULiège, unité de Biologie du Comportement, et les collaborateurs extérieurs, membres de l’ULiège (ex : Faculté de Médecine Vétérinaire) ou d’autres institutions (ULB, UCL, IRScNB, UAntwerp, …). Nous développons nos projets grâce à des collaborations établies de longue date avec des institutions internationales telles qu’en Thaïlande, en Indonésie et au Brésil. Les différents projets utilisent des méthodologies spécifiques aux problématiques envisagées et font appel aux compétences d’autres disciplines complémentaires aux méthodes strictement éco-éthologiques (notamment botanique, sciences vétérinaires, parasitologie, ….).

 

Projets de recherche actuels

1.   Northern Pig-tailed Macaque Project

Eva Gazagne, doctorante

Description du projet de thèse: La déforestation et la fragmentation menacent gravement la biodiversité : elles limitent les mouvements de dispersion des plantes et des animaux, modifiant ainsi les fonctions globales de l’écosystème telles que la dispersion de graines et les interactions proie-prédateur. Le macaque à queue de cochon (Macaca leonina), une espèce omnivore, généraliste et adaptative est connue à la fois comme prédateur de nids d’oiseaux et comme disperseur efficace de grandes graines, contribuant à la succession forestière. A travers l’étude de ces macaques dans le fragment forestier dégradé de la station de recherche de Sakaerat en Thaïlande, cette thèse vise à évaluer l’impact de la fragmentation et la dégradation de l’habitat sur leur comportement alimentaire, leur patron de mouvement, leur efficacité en tant que disperseur de graines et leur activité de prédation. En plus de présenter de façon originale la vision synoptique des coûts (prédation de nids) et des bénéfices (dispersion des graines) de ce primate généraliste dans un fragment dégradé, cette recherche collecte pour la première fois des informations éco-éthologiques sur cette espèce vulnérable dans un environnement dégradé en Thaïlande.

Mots clés : Macaca leonina – fragmentation – patron de mouvement – comportement alimentaire – dispersion de graines – prédation de nids

   

 

Olivier Kaisin (mémorant master BOE 2017)

Dans le cadre de mon mémoire, j’ai passé cinq mois à étudier la prédation de nids d’oiseaux par les macaques à queue de cochon du nord (Macaca leonina) à la Réserve de Biosphère de Sakaerat en Thaïlande, étude intégrante de la thèse d’Eva Gazagne. Grâce à l’utilisation de nids artificiels, couplé à des pièges photographiques, nous avons montré que les macaques recherchaient activement des nids dans différents microhabitats, ce qui suggère que la prédation de nid par ce primate pourrait être considérée comme un comportement alimentaire sélectif dans cet habitat dégradé. Par conséquent, la prédation de nid par ce primate pourrait avoir des conséquences de conservation importantes sur la dynamique de population des espèces d’oiseaux locales.

 

2. Balinese Macaque Project

Notre époque est caractérisée par des changements environnementaux majeurs induits par l’homme qui engendrent une multiplication des zones de contact entre les populations humaines et la faune sauvage. Les stratégies développées par les primates non-humains pour faire face à ces nouvelles situations environnementales représentent une question centrale encore mal comprise. Par le bais d’une approche comparative inter-populationnelle, nous explorons chez les macaques balinais la manière dont ils font face aux pressions anthropiques ou quels sont les impacts sur leur patterns démographiques et leurs dynamiques populationnelles, et sur leur plasticité écologique et comportementale, en questionnant la valeur biologique de ces réponses en termes de coûts et bénéfices.

Nos recherches se déroulent à Bali en Indonésie, et plus récemment, précisément à la Monkey Forest d’Ubud, un fragment de forêt sanctuaire situé en zone urbaine où les macaques à longue-queue (Macaca fascicularis) évoluent dans des conditions de très forte densité conduisant à des tensions sociales intenses et des conflits croissants avec les hommes. Afin de limiter cette surpopulation locale et d’atténuer les tensions, un programme de stérilisation des femelles a été initié par les manageurs locaux en partenariat avec notre équipe de l’ULiège (Faculté des Sciences et Faculté de Médecine Vétérinaire) et l’Université d’Udayana (Faculté de Médecine Vétérinaire). Nous développons ici un projet pluridisciplinaire et à long terme dont les objectifs sont 1) d’évaluer l’efficacité des campagnes de stérilisation à travers un monitoring et une modélisation démographique systématiques, 2) d’investiguer les changements éventuels au niveau comportemental et au sein des dynamiques sociales des macaques (ex : réduction de la tension sociale) via un suivi éthologique à long terme et 3) d’évaluer les effets de ce programme sur l’atténuation des conflits avec l’homme. Le but est de construire une approche holistique tenant compte des besoins et limites des différents acteurs de cette interface, les macaques et les humains.

     

Gwennan Giraud, doctorante

Description du projet de thèse: A travers l’Asie, les stérilisations des populations de primates sauvages sont utilisées de manière croissante comme stratégie de gestion pour contrôler leur forte densité, gérer les conflits avec les hommes, et promouvoir la coexistence entre les populations humaines et primates. Mon projet de doctorat investigue les dynamiques sociales (réseaux sociaux, compétition, motivation sexuelle, soins allo-parentaux) d’une population de macaques à longue-queue (Macaca fascicularis) de l’île de Bali (Indonésie) suite à des campagnes de stérilisation des femelles. En utilisant les nouvelles techniques d’analyse des réseaux sociaux (SNA), je cherche à mettre en lumière les changements éventuels qui pourraient survenir dans l’organisation sociale de ces primates suite aux stérilisations. Cette étude nous permettra de mieux comprendre ce qui régit leurs dynamiques sociales et comment ils font face aux changements dans les statuts reproducteurs et leur environnement social, particulièrement en ce qui concerne les individus stérilisés. Le but est d’appréhender au mieux l‘efficacité et les impacts de ces stratégies de gestion et de contribuer durablement aux efforts locaux de conservation de ces populations commensales à travers une diminution des conflits avec les hommes.

Mots clés: Stérilisation – macaques – Analyse des Réseaux Sociaux (SNA) – dynamiques sociales – soins (allo-)parentaux – motivation sexuelle – Bali

  

 

3. Black Lion Tamarin Project – Brazil

Olivier Kaisin, doctorant (Aspirant FNRS)

Description du projet de thèse: La fragmentation de l’habitat est l’une des principales menaces pesant sur les populations de primates en Amérique du Sud. Les perturbations environnementales affectent tout d’abord la physiologie des individus, et in fine, les primates au niveau populationnel. Les glucocorticoïdes (GC), souvent dénommées hormones de stress, sont des hormones métaboliques qui régulent les demandes énergétiques nécessaires pour surmonter les défis environnementaux et sociaux. Ces biomarqueurs physiologiques jouent un rôle clé en permettant aux individus de répondre aux facteurs de stress, et en restaurant l’homéostasie physiologique. Le but de cette recherche est d’étudier les réponses physiologiques et comportementales du tamarin lion noir (Leontopithecus chrysopygus), une espèce en danger et endémique de la Forêt Atlantique Brésilienne, un habitat particulièrement fragmenté. Les trois objectifs spécifiques de cette recherche sont : (1) examiner les effets de la perturbation anthropique de l’habitat sur le bien-être des primates, (2) analyser la variation du stress chronique des tamarins vivant dans des fragments forestiers de différente qualité et (3) relier les niveaux de stress transitoires au comportement. Ce projet de thèse sera mené en cotutelle entre ULiège et l’Université d’État de Sao Paulo au Brésil (Dr. Laurence Culot). Via l’évaluation des niveaux de stress chez les populations de primates vivant dans des environnements fragmentés, cette étude permettra de comprendre la façon dont les primates réagissent à de telles perturbations de leur habitat.

 

 

 

Ecologie Tropicale

Responsable:   Alain Hambuckers