Des populations en déclin

Les populations du tétras lyre sont connues pour présenter d’importantes fluctuations.  Dans les Hautes Fagnes, de nombreuses campagnes annuelles de recensement des oiseaux ont eu lieu chaque printemps.

Les fluctuations relativement stables des années septante et quatre-vingt ont fait place à un réel déclin de la population des Hautes-Fagnes depuis le milieu des années nonante (figure 1) .

Figure 1 : Evolution démographique de la population des tétras-lyres mâles en Hautes-Fagnes. Depuis 2010, les arènes encore fréquentées par les coqs le sont uniquement dans les Fagnes de l’Ouest.

Ces dernières années, le nombre de coqs est passé de 15 en 2007 à 13 individus mâles aux arènes en avril 2008 sur l’ensemble des deux zones (Fagnes du Nord-Est et Fagnes du Haut Plateau). En 2009, il ne restait plus qu’un mâle territorial dans les Fagnes du Nord-Est (au Misten) et plus aucun à partir de 2010. De 2007 à 2010, le nombre de mâles recensés au printemps a donc continué à diminuer, passant de 15 à 8-9 oiseaux, et le nombre de sites occupés a aussi diminué puisque l’espèce a disparu des arènes des Fagnes de l’Est. Le sursaut jusque 21 mâles enregistré en 2011 dans les seules fagnes de l’Ouest fut porteur d’espoir, mais la brusque diminution d’un tiers enregistrée au printemps 2012 ramène la population à la même situation de précarité qu’en 2007.
Ce doublement remarquable de la population recensée et les espoirs de bonne reproduction concomitante se sont évanouis suite à l’important incendie destructeur de l’habitat de reproduction survenu fin avril 2011.

Plusieurs facteurs peuvent être évoqués pour tenter d’expliquer ces fluctuations et la baisse continue des populations (figure 2).

 

Figure 2 La dynamique de population du nombre de coqs recensés aux arènes chaque printemps (carrés bleus) montre une forte augmentation dès l’arrêt de la chasse en 1966, favorisée par une succession d’étés chauds et secs fin des années soixante jusqu’à atteindre un maximum absolu de 198 coqs comptés en 1971. Une forte diminution s’ensuivit, puis des fluctuations plus ou moins stables autour d’une moyenne de 50 coqs se sont mises en place pendant 20 ans, corrélées aux variations climatologiques annuelles. Un réel déclin est observé depuis 1995. Les flèches mauves vers le bas montrent que le nombre de coqs (carrés bleus) est, depuis les années 2000, trop souvent bien inférieur à la prédiction du modèle mathématique, basé sur les conditions climatiques des périodes de reproduction et de croissance des jeunes et de l’hiver précédents (losanges roses). D’autres facteurs que les facteurs climatiques ont un impact plus néfaste sur la survie des Tétras lyre (M. Loneux et al. : ULg).

Figure 3  Divers facteurs susceptibles d’ influencer le nombre de tétras en Fagnes .

Le changement climatique global vers un réchauffement sous nos latitudes est trop facilement invoqué comme cause d’un déclin inéluctable et fataliste, alors qu’il favorise aussi un accès prolongé ou précoce à de la bonne nourriture dans les périodes critiques.