Contribution au sauvetage des Tétras lyres des Hautes-Fagnes

Renforcement de la population en avril 2017

Le 23 avril 2017, une mission coordonnée par l’ULg et l’IRNSB se rendait en Suède munie des autorisations adéquates et accompagnée du WWF et du DNF pour y capturer 10 Tétras lyres (5 mâles et 5 femelles) dans des sites où l’espèce est encore très abondante.

Nos équipes se sont intégrées dans la mission de collègues néerlandais et allemands, expérimentés pour réaliser ce type d’opération, étant déjà impliqués dans des projets de translocation depuis plusieurs années. Le 27 avril au matin les oiseaux capturés avec succès prenaient le chemin de la Belgique. Dès leur arrivée, le lendemain, ils ont été bagués et, pour certains, munis d’un émetteur utile à assurer leur suivi.

 

 

Tous ont ensuite été relâchés dans les Fagnes avec précautions.

Cette première opération, qui s’est donc parfaitement déroulée, signe l’espoir de revoir en nombre le symbole du Parc Naturel, au travers d’un projet ambitieux mais combien enthousiasmant pour les partenaires qui le portent et au-delà, pour la Nature tout simplement.

Le but de ce projet est de donner un souffle nouveau à la dernière population de Tétras lyres (Tetrao tetrix) qui subsiste dans la Réserve naturelle domaniale des Hautes-Fagnes (2 mâles et 1 femelle recensés en 2017). L’enjeu est d’aider l’espèce à remonter à un niveau de population viable à moyen puis à plus long terme (entre 80 et 160 individus mâles et femelles confondus), afin de sauver l’espèce de l’extinction en Belgique.
Les deux premiers mois de détection intense ont permis d’enregistrer les données de 2 coqs et 1 poule, soit un total de 900 positions. Ces dernières mettent en évidence qu’après des déplacements nombreux en périphérie des Fagnes, les 2 mâles ont fréquenté des arènes et qu’une femelle a très certainement couvé et obtenu des poussins (figures 1 et 2 ci-dessous).
La fréquence de recherche sur le terrain a été diminuée pendant les mois d’été où les oiseaux muent et se cachent davantage, rendant la détection plus difficile.

 

Figure 1 : Extension géographique de la dispersion des oiseaux contactés lors de leur dernière date de transfert de données. Ils se sont maintenus dans la Grande Région « Plateau des Hautes-Fagnes », principalement dans la partie occidentale, où ils ont été relâchés.

Figure 2 : Emplacement de nidification et zone de nourrissage de la poule HAR03 à partir du 15 mai 2017, date théorique du premier œuf, jusqu’au 7 juillet, dernière date de détection. Le matin du 17 juin la poule a probablement été dérangée et s’est échappée entre 9 et 10 h du matin vers une position Nord-Ouest en forêt sur la gauche de la figure). Heureusement, elle est revenue rapidement couver sur son nid.

Renforcement de la population en avril 2018

Du 18 avril au 1er mai 2018, une deuxième mission en Suède, coordonnée par l’ULiège et l’IRSNB, avait pour objectif de capturer un maximum de 25 tétras-lyres dans des sites où l’espèce est encore très abondante, dans le cadre du projet de renforcement de la population dans les Hautes-Fagnes.
La mission a pris fin ce 1er mai et  malgré des conditions climatiques particulièrement difficiles en Suède, 18 tétras (10 mâles et 8 femelles) ont rejoint les Fagnes. Une partie d’entre eux ont été munis d’émetteurs.

 

Zone de lâcher des tétras – avril 2018

 

 

 

 

 

Réglage et utilisation de la « camera trap »

 

 

 

 

Dès leur arrivée, les tétras sont emmenés loin dans la fagne afin d’y être libérés.
Ce lâcher suit cependant une procédure précise destinée à minimiser le stress :

Les boites de transport sont placées à une extrémité du tunnel bâché, puis sont ouvertes précautionneusement. Après quelques minutes, les oiseaux, par petits groupes,  traversent le tunnel puis se retrouvent à l’extérieur. Ils poussent quelques cris, commencent aussitôt à se nourrir puis s’éloignent parmi les myrtilliers.

Une heure environ s’est écoulée depuis la sortie du premier individu.

Premiers résultats enregistrés :

 

La vue générale  des déplacements, de mai à juillet, montre que les oiseaux ne quittent guère la réserve (comparer les positions avec la vue suivante reprenant les limites de la réserve).
Certains  individus sortent cependant  du périmètre : par exemple  l’oiseau ( à gauche), dont les déplacements sont représentés par des traits verts, s’est déplacé vers la ville de Spa, a marqué un bref arrêt à la limite de l’aérodrome de Malchamps, puis est revenu à proximité de la réserve.

 

L’ensemble des positions et déplacements, relevés par Arnaud Collard, comprend actuellement plusieurs milliers de données dont l’analyse devrait permettre de mieux gérer le renforcement de population du tétras-lyre.