Dans Le Soir du 2 juillet 2010, Hilde Kieboom, présidente de Sant’Egidio (mouvement chrétien venant en aide aux personnes démunies), lance un appel pour une amnistie à l’égard des collaborateurs condamnés au lendemain de la Seconde Guerre mondiale (1). Pour elle, il y a une causalité entre d’une part, « l’absence de l’une ou l’autre forme d’amnistie pour les collaborateurs après la Seconde Guerre mondiale et [le] sentiment d’injustice que la jurisprudence d’après-guerre a laissé » et d’autre part, le discours nationaliste flamand. Cette amnistie impliquerait deux choses. Les nationalistes flamands devraient d’abord reconnaître publiquement que les différentes formes de collaboration durant la Seconde Guerre mondiale étaient « erronées et coupables ». Les autorités belges déclareraient ensuite que les jugements rendus après la guerre n’ont pas toujours été équitables. Nous assisterions alors à un geste de réconciliation collectif.

Belle intention ! Mais je ne peux m’empêcher de tiquer quand je lis la phrase suivante : « Je lance cet appel à l’une ou l’autre forme d’amnistie en tant que chrétienne pour qui le pardon n’est pas un concept creux ». Pourquoi recourir aux significations chrétiennes pour envisager un processus de réconciliation ? Les processus mémoriels renvoient à des questions hautement symboliques, susceptibles d’appréhensions valorielles et de débats philosophiques et politiques. Ne pourrait-on pas envisager ce processus de réconciliation en dehors de toute perspective chrétienne ?

En effet, une réconciliation emporte des conséquences politiques diverses, notamment au niveau du vivre ensemble, ce qui constitue actuellement une question fondamentale pour une série de citoyens belges. En outre, Philippe Moreau Defarges, politologue français, mentionne que la réconciliation et la repentance sont éminemment politiques car ils s’inscrivent « dans un calcul ou dans un ensemble de calcul » (2). Hilde Kieboom le rappelle d’ailleurs très bien en posant cette question : «  n’est-il pas grand temps de lire l’histoire non plus avec les catégories du XXe siècle, mais avec la perspective du vivre ensemble au XXIe ? ».

L’appel à une amnistie lancé par Hilde Kieboom afin de favoriser une réconciliation entre Flamands et Wallons pourrait certainement constituer une piste à explorer dans le cadre des négociations qui vont se dérouler dans les prochaines semaines ; à condition de l’appréhender dans une perspective politique, ce qui ne sera pas chose facile…

(1)   Kieboom Hilde, « Libérons-nous enfin du poids de la guerre ! », Le Soir, vendredi 2 juillet 2010, p. 18.

(2)   Moreau Defarges Philippe, Repentance et réconciliation, Paris, Presses de la Fondation Nationale des Sciences Politiques, coll. « La bibliothèque du citoyen », 1999, p. 59.

Share on FacebookTweet about this on TwitterShare on LinkedInGoogle+Email to someonePrint this page