Le 19 mars 2013, une demi-journée d’études se concentrera sur l’ouvrage de Fernand Debreyne, Chronique de ma guerre cachée, 1941-1944. L’événement, organisé par le Belgian Intelligence Studies Centre, se tiendra à la Sûreté de l’État, à Bruxelles.

C’est l’occasion de revenir sur cette figure du renseignement et son importance actuelle avec Emmanuel Debruyne, Docteur en histoire (UCL).BISC-image

 

1. Qui était Fernand Debreyne ?

Fernand Debreyne a été pendant la Seconde Guerre mondiale agent du réseau de renseignements Luc-Marc. Né en 1921, il est étudiant à l’Ecole Royale militaire lorsque la guerre éclate. Paradoxalement, la guerre, ou plus exactement sa tournure en mai 1940, le prive du cursus militaire auquel il se destinait. Après quelques mois de captivité, Debreyne rentre en Belgique et cherche à participer d’une manière ou d’une autre à la lutte contre l’occupant, sans trop savoir comment s’y prendre d’ailleurs. C’est ce qui va l’amener à entrer en contact avec une organisation d’espionnage. Celle-ci s’avèrera être un des réseaux les plus étendus et les efficaces œuvrant pour les Alliés en Belgique occupée.

2. Pourquoi mettre en avant la mémoire de Fernand Debreyne ?

Le récit que fait Fernand Debreyne de sa vie clandestine est intéressant à plus d’un titre. Tout d’abord, par la diversité des situations dans lesquelles l’auteur a été impliqué. En effet, celui-ci a d’abord connu une période d’errance avant de trouver comment « faire quelque chose ». Ensuite, au sein du réseau, Debreyne occupe successivement les fonctions de courrier et d’agent de liaison, de membre de l’état-major, puis d’organisateur des émissions d’un des précieux opérateurs-radio du réseau.

Surtout, ce récit sincère, loin de l’étalage de forfanteries, fait la part belle à l’évolution de l’état d’esprit de Debreyne pendant la guerre et à ses propres interrogations. On le voit aux prises avec une « guerre cachée » étrangère à sa « guerre rêvée », et à laquelle il s’adapte tant bien que mal, mais au prix de désillusions, de tiraillements et de déceptions parfois cruels. Et pourtant, cette vie souvent dangereuse, où l’angoisse et l’enthousiasme se succèdent parfois rapidement, va offrir au jeune Debreyne l’expérience d’une liberté personnelle exceptionnelle à travers un engagement au départ inattendu, partagé avec des êtres qu’il n’aurait probablement jamais côtoyés en d’autres circonstances.

Et c’est sans doute cette dimension humaine qui fait aussi la richesse de l’ouvrage de Debreyne. On voit son engagement, malgré son caractère secret, altérer ou donner une nouvelle dimension à ses relations familiales ou amicales, et l’amener dans la clandestinité à faire la connaissance, dans des circonstances parfois extrêmes, de parfaits anonymes comme de personnalités telles que Marcel Demonceau, Max Londot ou la baronne de Heusch.

3. Quelle importance cette figure revêt-elle pour le Belgian Intelligence Studies Center ?

Fernand Debreyne fait partie des derniers ARA (Agents de renseignements et d’Action) encore en vie. Son livre est peut-être un des derniers témoignages publié du vivant de son auteur de cet épisode majeur de l’histoire du renseignement belge qu’a constitué la Seconde Guerre mondiale. Dédié à promouvoir l’étude du renseignement dans les différentes sciences humaines, le BISC a tenu à offrir un petit « coup de projecteur » à cet ouvrage. Riche en détails pour l’histoire de la résistance, le récit de Debreyne l’est aussi pour d’autres disciplines, en ce qu’il témoigne des difficultés – et des gratifications – vécues par un jeune homme appelé à mener la vie parallèle d’un agent.

Le programme de la journée est disponible ici.

Orientations bibliographiques :

Debruyne Emmanuel, La guerre secrète des espions belges, 1940-1944, Bruxelles, Racine, 2008, 396 p.

Debreyne Fernand, Chronique de ma guerre cachée, 1941-1944, Bruxelles, Racine, 2012, 448 p.