Ce mercredi 15 septembre, deux courts entretiens étaient publiés dans Le Soir (1) sur la thématique des excuses publiques. Le premier, avec Louis Michel, concernait les excuses faites par la Belgique pour le retrait des troupes du Rwanda en 1994, suite à la mort de dix Casques bleus belges, alors que le génocide avait débuté et pour l’implication de certains membres du gouvernement belge dans la mort de Patrice Lumumba. Le second, avec Patrick Janssens, portait sur les excuses publiques à la communauté juive pour le rôle joué par l’administration anversoise dans la persécution et la déportation des Juifs durant la Seconde Guerre mondiale.

La thématique de l’excuse publique est évoquée dans le cadre des affaires de pédophilie qui touchent actuellement l’Église belge. Nous n’évoquerons pas cette affaire mais nous reviendrons sur la dimension symbolique et matérielle de telles excuses.

Tout d’abord, Louis Michel revient sur le processus entraînant une reconnaissance de responsabilité par des personnes qui n’étaient pas impliquées dans les faits historiques. Selon lui, c’est la continuité des institutions qui est en jeu derrière ce genre d’acte politique. Pour Patrick Janssens, même si la personne qui s’excuse n’est pas responsable des faits, de telles excuses s’expliquent par l’héritage politique qui doit également permettre d’aller de l’avant.

La dialectique entre le passé, le présent et le futur constitue donc un élément fondamental pour comprendre le processus d’excuses publiques, notamment pour les victimes, comme le rappelle Louis Michel. On se rend compte de l’importante dimension symbolique que peut recouvrir un discours au cours duquel des autorités politiques prononcent des excuses publiques. Pour s’en convaincre, il suffit de prendre le cas du génocide arménien qui n’a pas fait l’objet d’excuses publiques et encore moins d’une reconnaissance de la part des autorités turques. Les descendants des victimes portent toujours la douleur des faits passés et gardent une certaine animosité par rapport aux autorités turques qui le leur rendent bien… Le vivre ensemble peut donc fortement pâtir d’un tel acte symbolique, qui n’est pas facile à poser pour des autorités politiques.

Un tel acte est d’autant moins facile à poser qu’il ne faut pas oublier la dimension relative à la réparation. Louis Michel semble balayer d’un revers de la main cette dimension en déclarant que « l’honneur d’un pays aux yeux de l’humanité n’a pas de prix ». Pourtant il faut bien reconnaître que cette dimension doit être prise en compte. Revenons au cas turco-arménien. Les considérations financières et patrimoniales qui pourraient se révéler derrière un acte de reconnaissance expliquent en partie le refus de la Turquie de s’engager dans une telle voie. C’est toute la problématique de la réparation de l’histoire qui se manifeste ici (2). Cet argument matérialiste doit également être pris en compte dans le processus d’excuses publiques.

Finalement, on constate que les excuses publiques, pour difficile qu’elles soient à exprimer, sont envisageables quand un certain degré de sérénité caractérise les parties concernées. Or la sérénité peut vite s’évanouir quand des questions symboliques et matérialistes sont en jeu…

(1)   Bourton William, « ‘Ca n’a pas de prix’ », Le Soir, mercredi 15 septembre 2010, p. 15 et Dorzée Hugues, « ‘C’est aborder le mal de face’ », Le Soir, mercredi 15 septembre 2010, p. 15.

(2)   On pourra lire la recension suivante : Geoffrey Grandjean. «Antoine Garapon, Peut-on réparer l’histoire ? Colonisation, esclavage, Shoah, Paris, Odile Jacob, 2008, 287 p.». Cahiers de Sciences politiques de l’ULg,
http://popups.ulg.ac.be/csp/document.php?id=397.

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