Les Cahiers d’histoire. Revue d’histoire critique ont consacré leur dernier numéro aux « Homosexualités européennes (XIXe-XXe siècles) ». Le débat français concernant le mariage pour tous est l’occasion de s’intéresser à cette revue scientifique et à son thème. Anne Jollet, responsable de la rédaction des Cahiers d’histoire. Revue d’histoire critique, a répondu à nos questions.

1. Que sont les Cahiers d’histoire. Revue d’histoire critique ? Quels objectifs poursuivent-ils ?

Les Cahiers d’histoire. Revue d’histoire critique sont une revue d’histoire généraliste dont la ligne éditoriale est l’étude des processus de domination et de luttes contre ces dominations dans les sociétés passées. La revue cherche à favoriser la production et la diffusion d’une histoire réflexive, toujours vigilante sur les enjeux de pouvoir propre à la production historique elle-même, dans le passé comme dans le présent. Elle doit donc son sous-titre d’histoire critique à cette double exigence : de lecture de l’histoire comme un fait social, reproduisant et produisant des effets de domination qu’il convient de déconstruire et de lecture des sociétés en termes de conflits sociaux, économiques, politiques mais aussi culturels et symboliques. Les lectures du comité de rédaction doivent donc aux  penseurs marxistes mais aussi aux approches de Freud, de Foucauld, de sociologues comme Pierre Bourdieu.

2. Pourquoi vous êtes-vous intéressés aux Homosexualités européennes dans le dernier numéro ?

Notre intérêt pour l’histoire des Homosexualités en Europe s’inscrit dans notre volonté de favoriser la production des histoires effacées, histoire dont l’effacement redouble celui des groupes sociaux considérés. L’histoire des homosexualités est en devenir et il nous paraît important de participer à la diffusion de cette histoire neuve de groupes sociaux discriminés, réprimés du fait de leur sexualité. La dimension européenne nous apparaît importante, au niveau méthodologique, convaincu/es que nous sommes que les compréhensions se font par mesures d’écarts favorisées par les approches comparatistes. Sur le fond, il est important d’avancer dans l’histoire d’une Europe qui justement n’est pas une, qui connaît des politiques et des pratiques sociales très différenciées selon les histoires politiques, culturelles des différentes nations.

3. Ce numéro a-t-il pour but de participer au débat public qui traverse actuellement la France ? Si oui, comment ?

Nos dossiers sont à la fois des réponses à des interrogations sociales qui nous semblent s’imposer dans notre société, pas nécessairement posées par le politique ou les médias dominants mais que, nous, nous jugeons importantes pour la compréhension de notre présent. Le tempo d’une revue d’histoire n’est pas celui d’un magasine et publier des articles de recherche ne permet pas de coller à l’actualité. Ce n’est d’ailleurs pas notre but. Nous essayons de repérer des enjeux sociaux de longue durée. Les dossiers sont aussi l’écho des travaux en cours des historien(nes) dont toute production historique sérieuse dépend mais nous jouons aussi notre rôle, par nos choix de publication, dans la diffusion des travaux en cours qui nous apparaissent les plus urgents et les plus utiles à diffuser pour avancer dans la compréhension des agencements sociaux passés qui détermine celle de notre présent.

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