L’actualité ne manque décidément pas de ressources pour cette plateforme… Comme nous l’avons tous entendu ou lu, Bart De Wever a publié une chronique intitulée Vlaamse nazi’s dans les colonnes du Standaard où il remarque le différentiel de traitement de la question de la collaboration entre Francophones et Flamands. Pour lui, les Flamands ont fait face à leur passé alors que les Francophones n’ont réalisé que quelques recherches historiques particulièrement sommaires.

Dans sa chronique, Bart De Wever revient notamment sur le cas d’Hergé qu’il lie au ‘mythe wallon’ : « Het negeren van dit belangrijk aspect in het leven van de briljante kunstenaar, is typerend voor de Waalse mythe dat de collaboratie een overwegend Vlaams gegeven was terwijl Franstalig België dapper verzet bood ». Plus loin, il continue en mentionnant que « Anders dan in Franstalig België maakte de link van de collaboratie met de Vlaamse Beweging dat men in Vlaanderen de verleiding van de Nieuwe Orde niet onder de mat kon vegen als een tijdelijke bevlieging ». Quand on lit cette chronique, on se rend compte que le président de la N-VA met tous les ingrédients pour un bon usage du passé : émotion, connaissance, politique et même une citation de François Mitterrand. Que demander de mieux !

Nous voudrions toutefois nous attarder sur l’usage politique de ce passé. En effet, excepté des raisons politiques, on voit difficilement quelles pourraient être les autres motivations profondes de Bart De Wever à publier une telle chronique signée du ‘président de la N-VA’ en pleine négociation politique.

Il semble donc s’agir clairement d’un usage politique d’un certain passé. Mais qu’entend-on par politique ? En science politique, on fait traditionnellement la différence entre le politique et la politique. Alors que le premier renvoie à une structure qui « maintient ensemble les hommes en vue d’une certaine fin » (1) ; la seconde est une lutte, une activité, « soit celle que déploient les gouvernants, soit celle qui se déroule dans le groupe en vue d’occuper les postes de direction ou d’influencer les décisions de ceux qui commandent » (2).

Avec cette chronique, Bart De Wever semble clairement faire un usage politique – au sens de la politique – du passé collaborationniste. Plus précisément, il semble même que cet usage soit de type partisan, c’est-à-dire relatif aux positions des partis politiques. Cet élément nous semblait important à rappeler car la faible littérature sur les usages politiques du passé (3) n’opère jamais cette distinction qui pour un politologue est primordiale. À titre d’exemple, si on s’intéressait aux usages politiques – au sens du politique –, on aborderait davantage la dimension civique que revêt la transmission de la mémoire de certains faits passés.

Quoiqu’il en soit, Bart De Wever semble apprécier cette lutte politique qui ne restaurera pas facilement la confiance entre partenaires de négociation (4).

(1)   Burdeau Georges, Traité de science politique. Tome premier. Le pouvoir politique, Paris, Librairie Générale de droit et de Jurisprudence, 1966, p. 119.

(2)   Ibid., p. 132.

(3)   Hartog François et Revel Jacques, Les usages politiques du passé, Paris, Éditions de l’École des Hautes Études en Sciences Sociales, 2001, 206 p., Andrieu Claire, Lavabre Marie-Claire et Tartakowsky Danielle (dir.), Politiques du passé. Usages politiques du passé dans la France contemporaine, Aix-en-Provence, Publications de l’Université de Provence, 2006, 264 p. et Crivello Maryline, Garcia Patrick et Offenstadt Nicolas (dir.), Concurrence des passés. Usages politique du passé dans la France contemporaine, Aix-en-Provence, Publications de l’Université de Provence, 2006, 298 p.

(4)   Coppi David, « Bart De Wever, où est le problème ? », Le Soir, mercredi 22 septembre 2010, p. 15.