Dans quelques jours, le 24 mai, il y aura cent ans Germain Bury était fusillé à la Chartreuse. Le premier d’une cinquantaine d’agents de renseignements, les derniers étant les frères Louis et Anthony Collard le 18 juillet 1918

La Société Royale Le Bastion des Fusillé de la Chartreuse a été crée en 1921 par Walthère Dewe, figure bien connue des réseaux de renseignements 1914-1918 et de résistance 1940-1945.

Durant le premier conflit mondial, il n’y a pas eu de résistance telle qu’elle se pratiqua durant la Seconde Guerre mondiale.

La résistance intérieure belge se manifesta cependant entre 1914 et 1918 de manière multiforme et notamment par l’indomptable fermeté face à l’occupant de personnalités telles que le Cardinal Mercier ou encore le Bourgmestre de Bruxelles Adolphe Max.

Mais il y eut également une abondante presse clandestine, des lignes d’évasion et de multiples services de renseignements.

C’est à Dieudonné Lambrecht, industriel et parent de Walthère Dewe que nous devons la création fin de l’année 1914 d’un réseau de renseignements clandestin monté pour compte de la section « intelligence » dépendant du G.Q.G britannique.

Il sera connu comme le réseau de la « Dame Blanche ».

D’autres réseaux furent crées. Il s’agissait, dans leur chef, principalement de surveiller les  déplacements des troupes allemandes et notamment au travers du trafic  ferroviaire.

Les mouvements de troupes de l’est vers l’ouest furent repérés et signalés. Plusieurs semaines avant le 26 février 1916, date de l’offensive allemande sur Verdun, les préparatifs allemands furent communiqués aux armées alliées. Les renseignements transitaient par la HOLLANDE, malgré la fermeture de la frontière par des barbelés et dès l’été 1915 par des lignes électrifiées de 1.000 à 20.000 volts.

Parmi les membres des réseaux de renseignements des agents du chemin de fer, ils étaient, il est vrai, bien placés pour ce faire.

Parmi ceux ci, Germain Bury né à Obourg, le 27 juin 1865.

À 49 ans au début de la guerre, il était trop âgé pour être appelé sous les drapeaux. Piqueur (agent de voie) aux chemins de fer, il travaillait à Liège.

La mission de Bury dans son réseau d’espionnage, travaillant pour les services de renseignements belges, reste un mystère. Il se rendit pourtant fréquemment aux Pays-Bas à titre de courrier.

D’après les témoignages recueillis après la guerre, c’était un patriote ardent, la prise de décision et le sang froid l’animent. Une possession de soi, très souveraine, jusqu’au bout, transpire dans ses dernières lettres :

 « Je suis condamné pour espionnage; j’ai donc servi mon pays. Ce qui est un crime aux yeux de nos oppresseurs, n’était pour moi que le plus grand des devoirs. Si je devais recommencer ma vie, je la risquerais encore pour le bien de notre cher pays, torturé pour avoir toujours été hospitalier et confiant… »

Il n’en restera pas moins  pragmatique jusqu’au bout en conseillant aux siens, de bien préciser : « qu’il a été accusé et condamné pour espionnage, de cette façon, l’État belge vous allouera une pension« .

Dans l’avis publié par les Autorités allemandes le jour même, il sera précisé :

 A été fusillé le 24 mai 1915 le citoyen belge

Germain Bury

employé du chemin de fer de Welkenraedt

en vertu de l’arrêt du Conseil  de guerre du 22 mai 1915

Bury a été condamné à raison d’espionnage pour avoir transmis  à l’ennemi

 des renseignements qu’il s’était procuré sur les mouvements de nos troupes

Germain Bury laissait une femme Hélène et trois enfants : Anna, Guillaume et Marie.

Ses dernières pensées iront à sa femme et ses enfants :

 « Chère Anna, soit bonne et brave toujours, pour ta pauvre mère; adoucis-lui cette cruelle épreuve; toi Guillaume, deviens un homme franc, honnête et tâche un jour de venger ton père. Quant à ma chère petite Maria, ta mère te dira un jour, lorsque tu seras à même de comprendre, comment ton père est mort et pourquoi. L’aumônier me promet de vous remettre le peu d’argent qui me reste, et ma montre est destinée à mon fils; le chapelet béni dans ma cellule, le 23 mai, est pour Maria. Ne vous affligez pas; avant de quitter la vie, je vous crie de toute mon âme : « Au revoir! » et vous envoie mes plus tendres baisers. On m’a promis que mon corps pourrait être inhumé et enterré où vous voudrez; j’ai confiance dans la Providence, et j’espère qu’il ne vous manque de rien. Adieu! Mes êtres chéris ».

Il repose à la pelouse d’honneur au cimetière de Robermont.

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