La revue du stâve des boûs en est à son quatrième numéro annuel. Les sujets abordés au sein de celle-ci interrogent essentiellement les mémoires locales d’un espace rural du sud-est de la Belgique. Son rédacteur en chef a aimablement accepté de répondre à quelques questions.

Qu’est-ce que le stâve des boûs ?

Le « Stâve dès Boûs » est un musée et un centre de documentation régionale sur la nature, l’histoire locale et la vie en autarcie, constitué en grande partie de donations (chacune des thématiques étant illustrée par des objets et de la documentation, comme nous pouvons le voir dans le tableau ci-dessous).

Thématiques Objets Documentation
Nature Bêtes empaillées, boîte à insectes, nids, extraits d’arbres, herbier, pierres, etc. Guides de nature ou touristiques, livrets pédagogiques, revues sur la nature, etc.
Histoire locale Ligne du temps géante, affiches, cartes, miniatures, matériel scolaire, etc. Livres et revues d’histoire, cahiers d’école, journaux, revues régionales, etc.
Vie en autarcie Agriculture, élevage, tenderie, vannerie, broderie, menuiserie, vie quotidienne, etc. Modes d’emploi, livres pratiques, revues sur les vieux métiers, cahiers de comptes, etc.

Il est ouvert au public le premier dimanche du mois de 14h30 à 17h30. Il se situe dans une ancienne étable peu après l’entrée du petit village de Logbiermé, sur les hauteurs et aux confins de la commune de Trois-Ponts, près de Stavelot et de Vielsalm et presqu’en région germanophone.

Quelle est l’origine du stâve des boûs ?

« Stâve dès Boûs » signifie « Etable des Bœufs » en Wallon. Le bâtiment est en effet une ancienne étable, à l’époque occupée par des bœufs. J’ai d’ailleurs moi-même eu l’occasion d’y voir quelques bêtes étant plus jeune, lorsque mes parents les élevaient encore dans une annexe de l’étable.

Le musée a été lancé au début des années 80 par mon grand-père Jules Hurdebise. Alors qu’il y organisait une exposition de photos, l’idée lui est venue d’y rassembler les outils et objets de la vie du temps passé que beaucoup ont conservé par nostalgie. Petit à petit, et au gré du bon vouloir des donateurs, le musée a ainsi pris de l’ampleur. Une ASBL a rapidement été créée pour le gérer, c’est ainsi qu’est né le « Musée des amis de Logbiermé ».

Au crépuscule du XXème siècle, le musée avait à son actif de nombreux bénévoles, quelques employés subsidiés, de nombreux visiteurs (dont des écoles), de nombreux objets, de nombreuses expositions temporaires, de nombreuses publications dont un bulletin mensuel et une revue annuelle, etc. Bref, ce qui fut à l’époque une activité marginale s’est rapidement révélé être un projet fédérateur, tant et si bien qu’il fut bientôt nécessaire de réfléchir à son avenir.

Mon grand-père a alors contacté une étudiante en Histoire de l’Art et Archéologie de l’Université de Liège, Noémie Drouguet, afin qu’elle réalise son mémoire sur le musée. Elle dressa un état des lieux et une liste de propositions concrètes pour améliorer le musée. C’est sur base de ce mémoire qu’il a été décidé de transférer le musée dans l’ancienne école des garçons à Wanne. Dans le même temps, mon grand-père a abandonné la présidence au bénéfice de Bruno Drouguet. J’étais encore fort jeune à l’époque et regrette à l’heure actuelle de ne pas avoir participé à ces changements.

Mais mon grand-père, amoureux de son pittoresque « Stâve dès Boûs », avait décidé de conserver à Logbiermé quelques objets et une documentation abondante. Cela lui a permis de continuer à Logbiermé une activité de recherche plus informelle, et d’accueillir de temps à autres quelques visiteurs passionnés. Il n’a jamais prétendu concurrencer le nouveau musée à Wanne et voulait juste profiter de ses dernières années pour vivre pleinement sa passion, à l’écart de ce qui au final était devenu une institution. Il a en outre commencé à s’intéresser à la vie en autarcie et a d’ailleurs écrit un livre sur ce thème.

Cette étable où il a continué ses recherches de manière plus informelle appartenait à la famille Hurdebise depuis la fin du XIXème siècle. Début mars 2015, nous avons été rendre visite au doyen du village de Logbiermé, Félicien Rouxhet (bientôt 97 ans) qui se rappelait encore des après-midi passées « Amon Flip » (chez Philippe Hurdebise et Joséphine Antoine, grands-parents de mon grand-père Jules Hurdebise, Joséphine ayant reçu en donation la maison de son grand-oncle) à jouer au couillon ou au jeu de quille. Pas étonnant que mon grand-père en conservait lui aussi de nombreux souvenirs. C’est donc tout naturellement qu’il disait être au « Stâve dès Boûs ».

Il y a quelques années maintenant, à un âge où j’étais moi-même capable de comprendre l’enjeu de ce que mon grand-père avait entrepris, j’ai décidé de m’y investir. Malheureusement, mon grand-père n’avait lui-même plus toutes ses capacités et je n’ai malheureusement pas pu profiter de toute son expérience.

Qu’importe, à sa mémoire et dans un élan de passion, j’ai emprunté ce chemin, parsemé d’embûches et de surprises, sur lequel il m’a précédé. Avec un accent sur la recherche et la documentation afin de jouer la complémentarité avec le musée à Wanne, qui bien qu’impliqué à ce niveau (description des objets, interviews, bulletin trimestriel, etc.) met davantage l’accent sur les collections (à travers une exposition permanente et de nombreuses expositions temporaires). Le lancement d’une revue, à l’instar de ce qui était fait à l’époque de mon grand-père, était dès lors devenu une nécessité. Et j’accueille volontiers, et sans aucune prétention, le visiteur passionné ou en quête d’informations, au « Stâve dès Boûs ».

Quelles sont les thématiques abordées dans la revue ?

La revue est en quelques sortes le résultat de la rencontre et de la collaboration de plusieurs auteurs issus de différents milieux. Il n’y a donc techniquement aucune limite aux thématiques envisageables. Il nous a néanmoins fallu catégoriser un minimum afin d’avoir un fil conducteur.

Le « Stâve dès Boûs » est constitué de trois pièces, et c’est en partie ce qui a conditionné le choix des thématiques. Etres humains, denrées, objets, etc. tout vient de la nature, nous ne pouvions donc imaginer un autre départ pour le musée que celui-là. C’est donc le premier domaine d’intérêt du musée et de la revue.

Se pose alors la question de savoir comment l’être humain en a profité et ce qu’il en a fait, ce qui n’est rien d’autre que l’histoire en tant que telle. C’est ce qui fait l’objet de la seconde pièce (agrémentée d’une ligne du temps géante) et de la seconde thématique de la revue.

Reste alors la dernière pièce (l’annexe construite par mon père pour ses quelques bêtes) avec les nombreux objets hérités de mon grand-père ou ceux que nous recevons régulièrement. Ils représentent la vie dans le temps, et donc d’une certaine manière l’histoire. Comment les présenter dans une catégorie distincte ? Et si au lieu de les considérer comme un témoin du passé, on pouvait les considérer comme une composante de notre avenir ? Et si nous étions un jour obligés d’y revenir tant notre économie est complexe ? C’est là tout l’enjeu de la vie en autarcie, et mon grand-père l’avait déjà bien compris. Ce sera donc l’objet de la dernière pièce et de la troisième thématique de la revue.

La présentation de la documentation, le Wallon, les légendes ou encore les chansons sont quant à eux des sujets qui se rattachent difficilement à une seule des thématiques évoquées auparavant. Une quatrième catégorie a alors été imaginée : la documentation en général.

La revue contient également quelques autres rubriques plus transversales encore. Elles représentent les relations du « Stâve dès Boûs » avec son public. L’éditorial est l’occasion de donner la parole à une personne extérieure, lui laissant ainsi l’opportunité de mobiliser son expérience personnelle pour évoquer des anecdotes ou des souvenirs fédérateurs. Le mot du comité est un court message que nous transmettons à nos lecteurs d’entrée de jeu. Le courrier des lecteurs est quant à lui une occasion d’encourager l’intervention de chacun, notamment à propos des sujets abordés précédemment. La vie au « Stâve dès Boûs », pour terminer, est un moyen d’informer les lecteurs sur les activités du « Stâve dès Boûs » en général (évènements, interventions, donateurs, etc.).

Geoffrey Grandjean est un ami précieux. C’est lui, notamment, qui m’a appris à apprécier la vie et tout ce qu’elle peut offrir. C’est à l’époque de nos années d’école ensemble que je me suis pris de passion pour de nombreux sujets. Je ne pouvais donc imaginer un projet personnel sans le mettre en avant. C’est donc tout naturellement que j’ai pensé à lui lorsqu’il a fallu choisir un premier éditorialiste.

Bref, on ne peut pas dire que ce soit pour sa casquette de membre de l’Université de Liège dans le domaine de la mémoire que je l’ai sollicité au départ. Ce fut en réalité d’autant plus pertinent. Et ce fut une occasion pour moi de mettre ce projet en lien avec le concept de « mémoire ».

La transmission d’une mémoire locale présente-t-elle une importance particulière à l’heure actuelle ?

À bien y réfléchir, et de manière inconsciente, c’est bien cette mémoire locale qui me motive. Cette volonté de conserver et de mettre en avant ces témoins du passé (objets et documents), cette volonté d’aller à la rencontre des générations antérieures afin d’écouter et de transmettre leur témoignage (la prochaine revue devrait contenir un article sur Félicien Rouxhet, de Logbiermé, qui aura bientôt 97 ans, et qui nous a chaleureusement accueilli pour nous révéler quelques beaux moments de sa jeunesse), cette volonté de mettre par écrit le résultat de nos recherches, etc. tout cela dans un seul et même objectif, la transmission d’une certaine mémoire locale.

Cette transmission est pour moi fondamentale. En tant que professeur d’économie à la Haute Ecole de la Ville de Liège, j’ai pris conscience de l’importance de l’histoire pour comprendre notre économie et fonder celle du futur (nous pouvons en extraire les erreurs et pièges à éviter, mais aussi de nombreuses expériences positives à réitérer). En tant qu’individus, nous sommes tous intéressés par nos ancêtres et la manière dont ils vivaient, que cela nous surprenne ou nous dérange. La mémoire nous permet donc également de déterminer quelles sont nos origines et donc au final qui nous sommes.

Cette mémoire locale nous permet par ailleurs de voir que nous sommes tous liés l’un à l’autre et que nous devrions par conséquent être plus solidaires, que nous ne pourrions pas vivre aussi confortablement sans l’intervention et le labeur de nos ancêtres, à qui nous devons beaucoup, ou encore que le bonheur ne se trouve pas seulement dans nos activités modernes. Bref, une mémoire locale identitaire, fédératrice, révélatrice et source d’inspiration.

N.B. La reprise du flambeau était mon idée, mais je n’y serais probablement jamais arrivé sans aide. Je ne voudrais donc pas oublier de mentionner et remercier toutes les personnes qui contribuent ou ont contribué de près ou de loin au musée et à la revue et qui m’accompagnent régulièrement dans le développement de ce projet. Mon grand-père, aujourd’hui décédé, tous ses descendants (pour avoir bien voulu laisser ses collections au « Stâve dès Boûs ») et tous ceux qui l’ont accompagné, mon père pour sa place de « co-conservateur », mon cousin Quentin pour sa contribution précieuse à la revue, toute ma famille (proche ou plus lointaine) pour l’aide technique fournie, les donateurs, les visiteurs, tous les auteurs et lecteurs de la revue, ainsi que toutes les autres personnes que j’aurais malencontreusement oublié de citer.

Les différentes catégories présentées dans la revue sont :

Nature

Les thèmes qui seront abordés dans cette catégorie – géologie, hydrologie (eau), pédologie (sols), climatologie, écosystème (flore, faune, habitat écologique), paysages… – le seront notamment dans une perspective historique.

Histoire locale

Les articles de cette catégorie correspondent toujours à un lieu et à un intervalle de temps. Ils concernent les thèmes suivants : onomastique (toponymie et anthroponymie), numismatique, monuments, archéologie, généalogie, cartographie…

Vie en autarcie

Selon le Larousse, l’autarcie est le « régime économique tendant à se suffire à lui-même ». L’utilisation du mot « tendant » indique que ce n’est pas un régime économique faisant uniquement appel à ses propres ressources comme le rappelait Jules Hurdebise dans son ouvrage consacré à la vie en autarcie à Logbiermé-Wanne. Dans le cadre de cette revue, nous développerons ce sujet selon différents angles : les vieux métiers, la vie quotidienne, les outils…

Nouvelles

Dans cette catégorie, nous vous présenterons la vie au « Stâve dès Boûs » (visiteurs, dons, acquisitions, améliorations, avancement, évènements, photos et objets mystères…) et dans les régions environnantes (évènements passés et à venir, notamment dans l’ancienne commune de Wanne).

Centre de documentation

Les articles de cette catégorie auront pour objectif d’explorer progressivement la nombreuse documentation disponible au « Stâve dès Boûs ». Nous aborderons les périodiques, journaux, livres, mais nous présenterons également des chansons, des légendes et des textes en wallon.

Pour obtenir davantage d’informations: www.stavedesbous.be

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