L’Institut du Patrimoine wallon a publié un ouvrage intitulé « Sur les traces des anciens ‘pays’ de Wallonie ». Afin de mieux cerner l’originalité et la richesse de cet ouvrage, trois questions ont été posées à l’auteur, Frédéric Marchesani.

1. Pourquoi vous êtes-vous intéressé aux anciens « pays » de Wallonie ?

Tout d’abord parce que, si l’histoire de ces ensembles territoriaux du Moyen Âge a souvent été étudiée sous des angles divers et variés, la place qu’y tenait l’histoire locale et régionale était quelque peu délaissée dans son ensemble. Nous possédions des monographies générales ou consacrées à une localité mais pas à l’ensemble de la Wallonie.

Ensuite parce que cette histoire pluriséculaire fonde encore de nos jours l’identité wallonne et que l’existence des anciens « pays » est souvent inconsciemment présente dans l’esprit de la population. L’exemple le plus frappant est celui des noms de nos actuelles provinces, hérités de ceux des anciens « États » médiévaux.

2. Pourquoi mettez-vous l’accent sur les « traces » de ces anciens « pays » ?Traces3_PrincipautésDim200

Parce que, si l’histoire générale de ces anciens « pays » nous est relativement bien connue, il était toutefois encore trop rare d’accorder une place dans l’historiographie aux traces physiques que ceux-ci nous ont laissées. De plus, la plupart de ces traces sont bien connues du public qui les fréquente au jour le jour et certaines continuent à jouer un rôle primordial dans la vie politique, civile, judiciaire, culturelle ou économique de notre région. Je pense notamment au palais des princes-évêques de Liège, trace la plus marquante que nous ayons conservé, mais aussi au palais de justice de Namur ou à l’abbaye de Stavelot.

3. Dans quelle mesure toutes ces traces témoignent-elles de l’exercice du pouvoir et, ce faisant, ont-elles une signification politique ?

L’exemple le plus évident est à nouveau celui du palais des princes-évêques de Liège. Siège du pouvoir, résidence du chef de l’État, il abritait également les cours de justice et les principales institutions de la principauté. La marque des anciens occupants est omniprésente : blasons, armoiries, inscriptions dédicatoires, monogrammes, portraits. Sur la façade, les armoiries de Georges-Louis de Berghes présentent la crosse et l’épée, symboles des pouvoirs spirituels et temporels du prince-évêque. Aujourd’hui, l’édifice continue à jouer ce rôle en abritant la résidence du gouverneur de la province de Liège et les principales institutions judiciaires. Il en est de même à Namur où l’ancien hôtel des gouverneurs du comté de Namur a lui aussi été reconverti en palais de justice. Plusieurs bâtiments encore aujourd’hui occupés par le pouvoir politique conservent eux aussi les marques d’anciens souverains. Les armoiries des rois d’Espagne sont notamment présentes sur les façades des hôtels de ville de Binche et de Mons. Le fait d’apposer ses armoiries sur un édifice permettait au chef de l’État de signifier sa présence et l’appartenance du territoire dans ses possessions alors que, bien souvent, comme cela était le cas pour les Pays-Bas espagnols et autrichiens, le roi ou l’empereur ne résidait pas chez nous.

À propos de l’auteur

Licencié et agrégé en Histoire de l’Université de Liège, Frédéric Marchesani poursuit depuis 2007 ses activités d’historien au sein de la cellule Publications de l’Institut du Patrimoine wallon (IPW), tout en étant collaborateur scientifique au Trésor de la cathédrale de Liège. Il est déjà l’auteur de divers ouvrages, dont deux édités par l’IPW : Sur les traces du Mouvement wallon (avec Freddy Joris, 2009) et Le Théâtre de Liège (2012).

Quatrième de couverture

1795. Les territoires de l’actuelle Wallonie sont annexés à la République française. Ce rattachement marque irrémédiablement la fin de l’Ancien Régime dans nos contrées et la disparition définitive de principautés pluriséculaires qui existaient depuis le Xe et le XIe siècle. Si certains sont oubliés ou méconnus du grand public, ces anciens « pays » restent parfois très présents dans l’inconscient collectif de tous les Wallons.

En effet, nos cinq provinces tirent leur nom de ces anciens « pays » médiévaux. Si l’histoire de ceux-ci a été étudiée sous de nombreux aspects depuis près d’un siècle et demi, les traces matérielles qui en subsistent n’avaient jamais fait l’objet d’un recensement systématique sur l’ensemble du territoire de la Wallonie actuelle. Grâce à de nombreuses notices richement illustrées, à des cartes inédites et à une liste des anciennes localités (avant fusion de 1976) qui permet de situer géographiquement celles-ci dans les frontières antérieures à 1795, le lecteur partira sur les traces de quatorze « pays » d’Ancien Régime parvenues jusqu’à nous : celles de la principauté abbatiale de Stavelot-Malmedy, de la principauté épiscopale de Liège, du marquisat de Franchimont, du duché de Bouillon, du comté de Namur, du comté de Hainaut, du duché de Luxembourg, du duché de Brabant, du duché de Limbourg et des Pays d’Outremeuse, du Tournaisis, du comté de Flandre, du royaume de France et de l’Électorat de Trèves.

Cet ouvrage permettra ainsi au lecteur de découvrir ou de redécouvrir par l’intermédiaire de ces éléments patrimoniaux l’histoire de nos contrées lorsqu’elles étaient morcelées. Autant de témoignages, quelquefois bien discrets, que nous ont laissés de lointains comtes, ducs, princes, rois et empereurs.