Le mercredi 18 avril 2012, une conférence a été organisée par le Cercle des Étudiants en Histoire (CEH) et le Centre de recherche et d’études politiques (CReP). Elle s’intitulait : « L’État-nation : organisation politique du passé ou de l’avenir ? ».

En collaboration avec cette plateforme, les étudiants du CEH ont rédigé un compte rendu de la soirée.

La première intervention, de Francis Balace, professeur honoraire d’histoire contemporaine à l’Université de Liège, avait pour thème : « État-nation : un point de vue historique ». Il a ainsi rappelé qu’initialement, la nation n’a aucun sens ethnique mais bien une origine régionaliste. Après un détour historique se focalisant notamment sur le Saint Empire romain de la nation germanique, l’orateur s’est interrogé sur la présence d’États-nations à l’heure actuelle. Aujourd’hui, il existe quatre véritables États-nations voir six ; à savoir les trois pays scandinaves, les Pays-Bas, la République Tchèque et la Slovaquie. Si ces deux derniers États se sont séparés, leur forme étatique correspond tout de même à une ethnie, une langue et une religion. On notera qu’il y a également un État trilingue fédéral à savoir la Suisse qui se considère comme un État-nation malgré la présence de cantons. Finalement, l’historien a précisé qu’il existait un phénomène de « super État-nation » sur lequel on a fermé les yeux, à savoir l’Allemagne réunifiée. Selon l’intervenant, il est donc actuellement impossible de gommer le mot nation qui a encore une réalité pour certains États.

La deuxième intervention a porté sur l’idée d’identité européenne et a été réalisée par Alexis Wilkin, maître de conférences à l’Université de Liège et professeur à l’Université Libre de Bruxelles et spécialiste de l’identité européenne. L’intervenant a d’abord interrogé la manière dont l’identité européenne est considérée comme un vaccin au nationalisme. Ensuite, il s’est demandé si l’identité européenne avait une réalité. Pour y répondre, il a cherché à savoir si l’Europe était une entité politique, culturelle, un projet ou un repoussoir. Il a constaté qu’elle repose sur la notion conventionnelle de continent et qu’elle se noie dans l’Asie à la faveur de conventions posées par les historiens et les géographes. Affirmant par ailleurs qu’il existait une identité politique, l’historien a voulu savoir s’il existait une identité culturelle. Selon lui, on identifie dans le passé des porteurs de valeurs comme Victor Hugo, St Simon, etc. On remet également au premier plan, depuis cinquante ans, cette identité culturelle avec cette volonté de créer une Europe culturelle afin de réaliser une Europe politique.  L’Europe culturelle et politique semblent donc aller « main dans la main ». L’intervenant a par ailleurs souligné le fait que, à côté des politiciens, il y a des volontaristes, partisans de la réalisation de projets collectifs européens. Si différents éléments participent à la construction d’une identité culturelle, le professeur Alexis Wilkin a précisé que la culture occidentale pouvait difficilement être réduite à quelques facteurs. Finalement, il est revenu sur le terme de « civilisation » qui crée un malaise global en Europe, même si on assiste à un retour en force en France. Ce malaise découle de la crainte de l’Europe de s’affirmer comme acteur politique suite aux drames du xxe siècle.

Le troisième intervenant, Christian Behrendt, professeur de droit public et constitutionnaliste à l’Université de Liège, a abordé le fonctionnement de l’Europe institutionnelle. Il a surtout apporté son éclairage quant à la définition juridique d’un État qui nécessite de prendre en compte quatre composantes : le territoire, la population, le gouvernement et la reconnaissance territoriale par les autres États. Ce dernier point est important car, selon le constitutionnaliste, il y a autant d’États qu’un État veut bien reconnaître. Ainsi, par exemple, Israël n’existe pas en Iran et Chypre n’existe pas aux yeux de la Turquie. En ce qui concerne la Belgique, la reconnaissance est assurée par tous les États. Dès lors, la question cherchant à savoir ce qu’est un État n’a de sens que si elle est formulée différemment en cherchant à savoir ce qu’est un État aux yeux du monde. Finalement, l’intervenant s’est demandé si l’Union européenne était un État. Il a précisé qu’elle ne bénéficiait pas d’une reconnaissance internationale en tant qu’État ; ce dernier nécessitant également d’inclure la notion de souveraineté – ce dont l’Union européenne ne dispose pas entièrement.

Le dernier intervenant de la soirée, Nicolas Monceau, politologue et maître de conférences en science politique à l’Université Montesquieu – Bordeaux IV, a axé ses développements sur l’origine de l’idée d’Europe. Il a d’abord souligné un paradoxe présent dans l’actualité. Alors que les spéculations frappent la Grèce suite à la crise financière et budgétaire qu’elle connaît, les États-Unis d’Amérique semblent relativement épargnés par les spéculations alors que la crise y est plus sévère. Le paradoxe s’explique toutefois, selon l’intervenant, par la présence d’un État plus fort dans le second cas. Ensuite, le politologue a interrogé l’hypothèse selon laquelle le fédéralisme constituerait le pendant de l’État-nation. Selon Jacques Delors, le fédéralisme renvoie à une méthode axée sur un partage des compétences. Dans ce cas, il est possible d’envisager une classification des compétences relevant pour partie du niveau européen et pour partie du niveau national. Actuellement, il semble, selon Nicolas Monceau, qu’on assiste à un retour de l’État-nation au niveau européen. Pour lui, il s’agit d’un échec politique car il n’y a jamais eu de fédéralisme radical. Dès lors, il faut remettre en question la manière dont l’Europe a envisagé le fédéralisme. Un espace pour un fédéralisme radical est possible à condition que les acteurs puissent dépasser leurs contingences nationales.

Finalement, cette conférence aura permis de soulever de nombreuses interrogations ayant le mérite d’avoir été posées en envisagées dans une perspective multidisciplinaire.

Compte-rendu rédigé par le CEH