Un ouvrage s’intéressant au rapport final des Assises de l’Interculturalité vient d’être publié.

Une des contributions analyse les « exigences de mémoire » telles que recommandées par ce rapport qui souligne l’importance de l’histoire et de la mémoire pour l’identité de tout être humain. Deux thématiques sont abordées dans ce rapport : le négationnisme et le colonialisme.

 Concernant le négationnisme, le rapport indique qu’il convient de conserver la législation belge réprimant la négation, la minimisation, la justification ou l’approbation du génocide commis par le régime national-socialiste allemand pendant la Seconde Guerre mondiale. En effet, une telle législation s’avère nécessaire pour lutter contre le racisme. Le Comité de pilotage ayant rédigé le rapport propose toutefois d’élargir le champ d’application de cette loi à d’autres génocides.Assises de l'Interculturalité

 Concernant le colonialisme, le rapport final se penche sur la manière silencieuse dont la Belgique envisage son passé colonial qui n’est pas sans conséquence pour l’importante communauté congolaise présente sur le territoire belge. Pour cette raison, le Comité de pilotage propose une reconnaissance de la responsabilité de la Belgique pour les actes commis durant l’époque coloniale, accompagnée, entre autres, d’un projet de Musée de l’immigration.

 Ces recommandations sont mises en perspective par rapport à certains enjeux mémoriels au sein de nos sociétés contemporaines diversifiées. C’est ainsi que la concurrence des victimes est d’abord envisagée. En insistant sur le nécessaire processus de reconnaissance des souffrances passées, les propositions font échos à une certaine concurrence des victimes qui a pu voir le jour entre des individus qui voient leur passé nié ou relégué au second plan. D’une manière générale, les exigences de mémoire énoncées dans le rapport peuvent contribuer à une concurrence mémorielle renvoyant à la compétition complexe et parfois douloureuse entre des groupes sociaux multiples qui souhaitent défendre et promouvoir le souvenir de certains faits historiques. Cette concurrence mémorielle se manifeste avec d’autant plus d’acuité que nos sociétés contemporaines sont de plus en plus diversifiées et plurielles. En outre, en insistant sur l’importance de la reconnaissance de certaines souffrances, le rapport final permet de relever l’influence que peuvent jouer les considérations électoralistes dans le système politique belge. À cet égard, la répression de la négation du Génocide des Arméniens se révèle être un cas d’école. En soulignant l’importance de la répression du négationnisme, le rôle du pouvoir judiciaire est également précisé puisque certaines juridictions belges ont eu l’occasion d’apporter leur pierre à l’édifice et de participer activement à la définition du négationnisme.

 Au final, les exigences de mémoire formulées dans le rapport final des Assises de l’Interculturalité permettent de mettre en discussion le fondement même de la démocratie. Alors que les interventions politiques sur des questions de mémoire sont souvent dépeintes de manières négatives, les recommandations du Comité de pilotage montrent qu’un système démocratique doit pouvoir garantir le débat et la discussion sur n’importe quel sujet en évitant certains tabous.

Référence: Foblets Marie-Claire et Schreiber Jean-Philippe (coord.), Les Assises de l’Interculturalité, Bruxelles, Larcier, 2013.

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