La plate-forme (www.memoire-orale.be) « pour la valorisation des sources orales en Fédération Wallonie-Bruxelles » a récemment mis en ligne un nouveau dépliant virtuel dans le but d’informer les utilisateurs potentiels des ressources mises à leur disposition. C’est l’occasion de poser quatre questions au responsable du projet, Ludo Bettens.

 1) Pouvez-vous présenter la plate-forme ?

La plate-forme « Mémoire orale » est un portail qui vise à valoriser le patrimoine oral en Wallonie et à Bruxelles. Elle constitue un espace de ressources pour tous ceux qui, professionnels ou amateurs, s’intéressent à la mémoire orale. Ainsi, ses objectifs principaux sont de faciliter l’accès à ces sources, de fournir un appui à la collecte de témoignages, de faire connaître les diverses initiatives en la matière et de livrer des articles scientifiques sur la question.

Une première rubrique présente les divers acteurs de la mémoire orale, au travers d’une fiche descriptive et, le cas échéant, d’un aperçu des archives orales qu’ils ont collectées ou qu’ils conservent.

La plate-forme effectue un important travail de valorisation de la mémoire orale en permettant l’écoute en ligne de plus de 150 extraits d’interviews sur des sujets variés (loisirs, luttes sociales, conditions de travail, entreprises particulières…) et en donnant accès à une série d’articles scientifiques rédigés sur base de sources orales.

Enfin, la plate-forme se caractérise également par l’aide pratique qu’elle entend apporter en matière de collecte de témoignage oral. Elle fournit des conseils sous la forme de fiches techniques et surtout propose une aide concrète grâce à un centre de prêt de matériel audio ou audiovisuel de qualité (enregistreurs audio portables, caméra digitale, table de mixage, microphones…). Ce centre de prêt est destiné aux mémorants, doctorants et personnel académique des universités et hautes écoles belges francophones, ainsi qu’à toute association reconnue par la Fédération Wallonie-Bruxelles. Précisons que le prêt est gratuit ; il est juste demandé à l’emprunteur de participer aux frais d’assurance du matériel (pour plus d’informations sur les conditions, voir : le règlement complet présent au format PDF à l’adresse suivante : www.memoire-orale.be/PDF/conditions_pret.pdf).

2) Pourquoi avoir mis en place une telle entreprise ?

L’idée de cette plate-forme a émergé lors d’un colloque qui a réuni au Bois du Cazier divers acteurs et spécialistes de la mémoire orale (21-22 octobre 2005). Cette rencontre a fait apparaître à la fois la richesse du patrimoine oral en Wallonie et à Bruxelles et sa dispersion. D’où l’idée d’un espace Web permettant de regrouper les informations disponibles, de promouvoir les initiatives et d’en encourager de nouvelles. Bref, de constituer en quelque sorte un lieu de rencontre virtuel entre acteurs de la mémoire orale, chercheurs ou simples curieux intéressés par le patrimoine oral. Aussi, en 2007, la Communauté française a-t-elle lancé cette initiative et confié à l’Institut d’histoire ouvrière, économique et sociale (IHOES) la conception et la gestion de la plate-forme. Ce projet ambitieux est en progression constante et son champ s’élargit peu à peu. Après une phase de construction, le portail a désormais atteint une masse critique permettant d’en assurer une large promotion vers l’extérieur : orienté dans un premier temps vers les centres d’archives et musées reconnus par la Fédération Wallonie-Bruxelles, il s’ouvrira prochainement aux associations d’éducation permanente dont la mémoire orale constitue un outil d’animation et entend à terme couvrir toute initiative menée en la matière en Belgique francophone.

3) Existe-t-il des initiatives équivalentes ailleurs en Belgique ou dans le monde ? Entretenez-vous des relations avec elles ?

Il existe en effet des initiatives semblables à l’étranger. Ainsi par exemple, le portail français « Mémoire orale de l’industrie et des réseaux » (www.memoire-orale.org). Initiée avec le soutien du ministère français de la Culture et de la Communication, il permet d’écouter en ligne les archives sonores de trois associations (l’Institut pour l’histoire de l’aluminium, la Fondation EDF Diversiterre et Rails et histoire). Tout récemment s’est mis en place un portail suisse « Oral History » recueillant, comme notre plate-forme, toutes les initiatives menées en matière de mémoire orale et ayant pour objectif d’élaborer une collection d’histoire orale suisse (oralhistory.ch). Par ailleurs, toujours en Suisse, il existe depuis 1995 un portail consacré à la préservation du patrimoine audiovisuel du nom de « Memoriav » (memoriav.ch). La campagne de promotion que nous menons actuellement autour de la plate-forme aura notamment pour but de faire connaître notre initiative à l’étranger et, nous l’espérons, de déboucher sur des collaborations.

Nous ne connaissons pas d’autres plates-formes telles que la nôtre en Belgique. Par contre, à plusieurs reprises ont été menées des enquêtes visant à faire l’inventaire des diverses archives orales disponibles en Belgique. La première, menée en 2007 par Jean-Philippe Schreiber et Hélène Wallenborn, a fait l’objet d’une publication : Oralités, répertoire des archives orales en Belgique qui est consultable en ligne sur la plate-forme. Un second relevé a été entrepris plus récemment par le Centre d’Études et de Documentation Guerre et Sociétés contemporaines (Cegesoma). Il visait à dresser une liste exhaustive de l’ensemble des projets réalisés en histoire orale en Belgique entre 2004 et 2011. L’IHOES a participé à la diffusion de cette enquête via la plate-forme et ses conclusions y sont téléchargeables.

4) Si vous deviez sélectionner un témoignage particulier, lequel serait-ce ? Pour quelles raisons ?

Il est évidemment difficile de sélectionner un extrait particulier parmi les quelque 150 proposés en streaming sur la plate-forme et qui touchent à des sujets très diversifiés. Personnellement j’aime beaucoup le témoignage de Liliane Hardenne, ancienne directrice générale de la Centrale des Services à Domicile (CSD) du Réseau Solidaris, qui évoque le militantisme et l’évolution des services. Il s’en dégage un enthousiasme et une profonde humanité qui  me touchent beaucoup.

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