Le 23 juillet 2010 est paru dans La Libre Belgique un article évoquant la création d’un Mémorial consacré à la justice des Alliés, à Nuremberg. Ce dernier sera inauguré le 21 novembre 2010 par les autorités allemandes. Parallèlement à cette création, la municipalité souhaiterait voir inscrire ce Mémorial sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO.

Cette nouvelle appelle brièvement deux commentaires. D’une part, il est intéressant de relever que ce Mémorial va célébrer une certaine justice, celle des vainqueurs. Ne remettant surtout pas en cause la gravité des actes commis par les personnes qui devaient être jugées pénalement, il n’en demeure pas moins qu’une telle initiative célèbre une forme de justice. Il est utile de le rappeler car ce futur Mémorial illustre les processus mémoriels qui se mettent en place et qui reflètent un processus de tri – et donc d’oubli – entre les faits passés (1).

D’autre part, en mettant à l’honneur la justice des Alliés, on souhaite que celle-ci ne soit pas oubliée, en particulier les condamnations qui en ont découlé. Or, Jean Pradel, professeur émérite français et spécialiste en droit pénal, constate qu’en matière pénale (notamment en France) « l’infraction est un fait qui s’oublie, alors que la condamnation constitue un acte de mémoire » (2). Sauf en cas d’appel, et ce ne fut pas le cas suite au procès de Nuremberg, une décision judiciaire est considérée comme définitive ou irrévocable (3). Elle devrait donc rester dans les mémoires. Mais alors, pourquoi mettre en place un tel Mémorial ? Peut-être pour nous rappeler notre condition d’Homme nous faisant oublier des faits qui ne doivent pas l’être parce qu’ils sont marqués du sceau de la justice ?

Quoiqu’il en soit, voici encore une décision qui suscitera le débat, ce qui, en soi, n’est pas une mauvaise chose en démocratie, surtout quand les faits et les condamnations traités sont susceptibles de tomber dans l’oubli.

(1) Rioux Jean-Pierre, « Devoir de mémoire, devoir d’intelligence », Vingtième Siècle. Revue d’histoire, n° 73, janvier-mars 2002, p. 163.

(2) Pradel Jean, « La justice pénale française entre oubli et mémoire », in TzitisStamatios (dir.), La mémoire, entre silence et oubli, Saint-Nicolas, Les Presses de l’Université de Laval, 2006, p. 246.

(3) Le Crom Jean-Pierre et Martin Jean-Clément, « Présentation », Droit et Société, n° 38, 1998, p. 9.