Le 9 août 2010, on pouvait lire dans les colonnes du Monde deux articles relatifs au sort des Tsiganes durant la Seconde Guerre mondiale. Le premier article (1) revient sur le sort qui leur a été réservé depuis la IIIe République. Dès 1912, un carnet anthropométrique est mis en place afin de consigner différentes caractéristiques de ces individus, comme la taille et la hauteur du buste. Ce carnet perdurera en France jusqu’en 1966. L’article mentionne que la surveillance s’est accrue durant la Seconde Guerre mondiale en empêchant à ces « nomades » de circuler sur le territoire français. Le but était de sédentariser cette population.

Le deuxième article (2) revient sur l’ancien camp d’internement de Tsiganes à Montreuil-Bellay. Ce lieu de mémoire (3) – pour reprendre la sémantique de Pierre Nora – vient d’être inscrit par la Direction générale des affaires culturelles des Pays de la Loire comme monument historique. L’article nous retrace ainsi le combat d’un homme, Jacques Sigot, pendant une bonne partie de sa vie pour assurer la reconnaissance de ce lieu où 2.500 à 3.000 hommes, femmes et enfants furent enfermés entre novembre 1941 et janvier 1945.

Ces deux articles doivent bien évidemment être examinés au regard des rapatriements de « Roms » qui sont actuellement menés par la Président français et son gouvernement. À la lecture de ces articles, on ne peut que revenir sur la manière dont Histoire et actualité se télescopent. Que ce soit à la télévision ou dans les journaux et les revues, on voit régulièrement poindre un sujet de type historique au milieu d’une actualité riche en décisions et actes politiques parfois choquants. Dans ce cas-ci, il s’agit d’une part, des actions de rapatriements entreprises par les autorités françaises et d’autre part, du développement de certains faits historiques relatifs aux Tsiganes.

Les deux articles du Monde sont publiés sans un cadre informatif plus complet. On passe dès lors du présent au passé sans y avoir été préparé. Il résulte alors de ce va-et-vient très rapide une série d’interrogations pour le lecteur. Y’a-t-il une assimilation entre la politique des autorités françaises et la politique nazie ? Est-ce différent ? Pourquoi sort-on un camp tsigane de l’oubli alors que dans le même temps des tsiganes sont rapatriés ? Pour y répondre, le citoyen lambda doit alors se forger une opinion à l’emporte pièce – puisque qu’il ne dispose pas d’un cadre d’informations suffisant – basée sur d’éventuels sous-entendus peut-être inexistants.

Manier le présent et la passé ne nécessite-t-il pas plus que quelques lignes dans les colonnes d’un journal. N’est-il pas utile de contextualiser certains faits historiques et de différencier les intentions des autorités  nazies et des autorités françaises actuelles ? Finalement, de brefs flashbacks servent-ils véritablement à éclairer le présent sur base des erreurs passées ?

(1)   Rollot Catherine, « De 250 000 à 500 000 ‘nomades’ furent exterminés par les nazis », Le Monde, 9 août 2010.

(2)   Rollot Catherine, « Un camp tsigane sort de l’oubli », Le Monde, 9 août 2010.

(3)   Nora Pierre (dir.), Les lieux de mémoire. Tome 1, Paris Gallimard, coll. « Quarto », 1997, 1642 p. ; Nora Pierre (dir.), Les lieux de mémoire. Tome II, Paris, Gallimard, coll. « Quarto », 1997, 3014 p. et Nora Pierre (dir.), Les lieux de mémoire. Tome III, Paris, Gallimard, coll. « Quarto », 1997,  4751 p.