Cette semaine, Alain Colignon (CEGES) intervient sur la thématique de l’amnistie qui a régulièrement été évoquée durant ces vacances estivales. Il nous a fait le plaisir de répondre par écrit à notre sollicitation tout en précisant que sur l’Amnistie, vaste sujet et récurrent dans le contexte « belgo-flamand », il y aurait bien des choses à en dire. Le modeste avis qu’il nous donne est celui d’un citoyen et d’un historien.

Pour Alain Colignon, le retour sur la place publique du « problème » de l’Amnistie, en cette année 2010, est proprement absurde. Qu’est-ce qu’une « Amnistie » ?  C’est un acte POLITIQUE visant, au nom de la paix publique, à déclarer effacée et éteinte, une sanction pénale infligée au nom de la répression d’un acte jugé incivique au regard du code pénal.

Il manifeste ensuite certaines interrogations : est-ce très POLITIQUE, 65 ans après la fin de la guerre, de ressortir du placard cette histoire alors que la communauté susceptible de la demander dans le cadre des négociations pour la mise en place d’un nouveau gouvernement… et d’une réforme de l’Etat (la partie flamande, pour être clair) ne la demande même plus.

Par ailleurs, est-ce qu’une mesure de « PARDON » généreusement octroyée (généreusement…65 ans – au moins – après les faits…) ne réussirait pas à « libérer » psychologiquement le pauvre peuple flamand « oppressé » par l’espèce de sanction morale qui pèse sur lui via les collaborateurs ?

Pour le citoyen-historien, c’est totalement absurde. Cela voudrait dire que tous les Flamands se sont sentis, sinon collabos, du moins solidaires des collabos, et que la faute – pardon : l’acte posé par les Pères en 1940-1944 – est passé et imputé aux Fils et aux Petits-enfants par une sorte de damnation biblique… – ce qui au regard du Droit… et de la morale commune est une monstruosité.

D’ailleurs, poursuit-il, cette « malédiction » est très relative : elle n’a pas empêché Mr. André Leysen, jeune collabo de 43-44 de devenir… patron des patrons belges dans les années 80, et son fils de suivre ses traces… Et combien d’autres, qui socialement en tout cas, ont pu avoir une place honorable dans l’échelle sociale.

Il continue alors son raisonnement : Et puis…au bout du compte, je crois savoir que le pardon n’a de la valeur que lorsque le vis-à-vis le demande, après, si possible, avoir pris conscience de sa faute, de son erreur (selon… Lévinas, je crois). Or, les ex-collabos survivants ne le demandent pas. J’imagine que la plupart d’entre eux, aujourd’hui octogénaires, sont toujours persuadés d’avoir eu raison dans leur engagement contre l’Etat belge (au nom de « la Flandre »… et d’ l’Ordre Nouveau) et contre le « Communisme athée »… mais pour l’Europe d’Hitler…

C’est pourquoi, conclue-t-il, ce retour à la surface de l’Amnistie par de « bonnes âmes doloristes » d’obédience chrétienne totalement déphasées avec le contexte de notre époque… et la connaissance du passé me semble à la fois absurde (c’est beaucoup trop tard : il faut laisser les morts enterrer les morts) et non-politique vu le contexte de 2010 (c’est, à terme, donner inutilement des verges pour nous battre, car ce sera interprété comme une preuve de faiblesse, voire de panique, de l’« establishment » francophone par les flamingants de tout poil).

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