Workshop-internationalLes 16 et 17 décembre prochains est organisé un workshop international ayant pour thème « Une guerre oubliée ? – Les Colonies d’Afrique Centrale dans la Première Guerre Mondiale ». Ses organisatrices, Amandine Lauro (Université Libre de Bruxelles) et Bérengère Piret (Université Saint-Louis Bruxelles) ont accepté de répondre à quelques questions.

Pouvez-vous brièvement présenter la thématique du colloque ?

L’objectif du colloque est d’ouvrir une réflexion sur les enjeux, le déroulement et les conséquences de la Première Guerre mondiale dans l’Afrique centrale coloniale, et plus particulièrement au Congo Belge. Les interventions qui y seront présentées aborderont via différents angles les manières dont le conflit et les mobilisations auxquelles il a donné lieu ont affecté non seulement le Congo et ses populations mais aussi les contours matériels et idéologiques du projet colonial belge.

Quelle est l’origine du colloque ?

D’une certaine manière, on peut dire que le point de départ de ce colloque a avoir avec nos frustrations… Nous ne sommes pas des spécialistes de l’histoire de la Première Guerre mondiale, mais en tant qu’historiennes de la colonisation travaillant depuis plusieurs années sur le Congo, nous avons été frappées, dans le contexte actuel de commémorations et d’évènements scientifiques autour de 14-18, par l’invisibilité persistante des aspects coloniaux de l’histoire de la Première Guerre mondiale en Belgique. Que ce soit par rapport à la dimension coloniale de la Belgique en tant que nation belligérante, ou par rapport à la mobilisation du Congo, cette histoire demeure largement méconnue et apparaît encore souvent comme une histoire « exotique » ou « périphérique » par rapport au « vrai » centre de la guerre. Cela nous apparaissait d’autant plus étonnant –et dommage- que les historiens des empires britanniques et français se penchent depuis des années sur les enjeux globaux et coloniaux de 1914-1918 et leurs effets, notamment en Afrique. Beaucoup de travaux ont ainsi montré à quel point l’implication du continent africain a joué un rôle essentiel dans le conflit: l’Afrique a en effet été non seulement un champ de bataille important de cette véritable guerre d’empires, mais aussi un fournisseur-clé de ressources humaines et matérielles pour les économies de guerre métropolitaines. Nous souhaitions donc inscrire l’Afrique centrale et en particulier le Congo colonial dans cette historiographie.

Quels types d’acteurs interviendront dans le cadre du colloque ?

Il s’agit d’un évènement académique: les intervenants sont donc des chercheurs, historiens pour la plupart, issus d’horizons divers. Des historiens belges et congolais seront présents bien sûr, mais nous avons également invités des historiens français, allemands et américains qui permettront d’élargir le dialogue au-delà du Congo et de réfléchir à la guerre telle qu’elle s’est déroulée dans l’Afrique des Grands Lacs (dans les colonies françaises, allemandes, etc.), sur une échelle qui dépasse de loin les frontières nationales. Cela permet aussi d’ouvrir une réflexion comparative et d’enrichir les débats.

En quoi ce colloque permettrait-il d’apporter un regard inédit sur ces évènements ?

L’histoire de ces évènements reste largement à écrire. Au delà de l’histoire-bataille des campagnes militaires (qui elle-même mériterait d’être revisitée), le workshop vise à explorer des questions qui n’ont pas ou peu été soulevées jusqu’ici, sur l’impact social de 14-18 au Congo, sur ses conséquences sur le projet colonial belge ou encore sur la mémoire du conflit, par exemple. Quelques évènements « grand-public » tels que les expositions organisées par l’Institut des Vétérans IV-INIG ou par le journaliste Lucas Catherine autour du rôle du Congo pendant la Première Guerre mondiale ont montré l’intérêt qui existe autour de ces questions. Les initiatives d’associations de Congolais de Belgique pour une plus grande reconnaissance de la contribution du Congo à la guerre dans les programmes officiels des commémorations de 14-18 témoignent de l’actualité mémorielle de ces questions. Organisé par l’ULB et l’Université Saint-Louis, ce workshop s’inscrit dans une dynamique plus résolument historienne, qui vise à éclairer et à développer une histoire encore fort méconnue.

Le programme complet du workshop est disponible ici.

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