Des informations et des recherches sur les fondations créées par des entreprises ou par des entités parapubliques étaient disponibles en France. Cependant, les fondations créées par des familles restaient peu connues. C’est pour cette raison que le Professeur Anne-Claire Pache, titulaire de la chaire Philanthropie de l’ESSEC à Paris, est partie, avec un autre chercheur de l’ESSEC, Arthur Gautier, à la découverte d’une trentaine de fondations familiales françaises. Les résultats ont fait l’objet d’un livre récemment paru aux éditions Autrement1 sous le titre : La Philanthropie : une affaire de familles. La Professeur Pache, invitée par la Chaire Baillet Latour en Philanthropie et Investissement social, a présenté cette étude qualitative à Liège.

Jusqu’en 2003, les fondations familiales étaient peu fréquentes en France, et opéraient dans la confidentialité, et ce en raison d’une certaine illégitimité (« c’est à l’État d’être garant et de s’occuper des questions d’intérêt général ») et d’une discrétion souhaitée pour des motifs divers (l’enracinement dans la tradition catholique du don, les questions de sécurité, le souhait de ne pas être trop sollicité, etc). En 2003, l’entrée en vigueur de la loi Aillagon relative au mécénat, aux associations et aux fondations a eu comme conséquence l’augmentation du nombre et de la visibilité des fondations familiales.

Parmi les résultats de l’étude, Anne-Claire Pache a souligné ces trois conclusions:

1. La plupart des fondations sont des fondations distributrices de fonds (80 % des fondations étudiées). Cependant, leurs structures et leurs champs d’action sont très hétérogènes ;

2. Ces familles ne se sont pas investies dans la philanthropie par hasard : elles étaient pour la plupart déjà inscrites dans des réseau de donateurs. À l’origine de ces fondations, il n’est donc pas uniquement question d’un capital économique, mais également d’un capital socioculturel ;

3. Ce sont souvent des épisodes de vie qui constituent l’élément déclencheur. Dans la Fondation Entreprendre, par exemple, l’origine est un plan social traumatisant que le fondateur, André Mulliez, a dû mener dans son entreprise Phildar. Dans la Fondation Baudoux, ce sont la vente de l’entreprise et le départ à la retraite qui ont déclenché la création de la fondation.

Anne-Claire Pache a également souligné que l’essor actuel des fondations familiales en France est marqué par de nouveaux éléments :

⁃  La conscience du manque de ressources de l’État pour faire face aux besoins sociaux, qui leur confère une nouvelle légitimité ;

⁃  L’impact médiatique suscité par les grandes fondations américaines (Buffet, Gates), qui les a aidées à se positionner, en contrepoint, dans le champ national;

⁃  Les nouvelles dispositions fiscales françaises, qui ne sont certainement pas un moteur du don mais qui facilitent le développement des fondations.

Ainsi, les fondations familiales françaises sont passées d’une pratique presque secrète à une exposition en plein jour. Toutefois, elles doivent faire face à une série de défis. Des défis d’ordre externe d’une part – les besoins sociaux non résolus en croissance, la légitimité sociale de leur action-  et d’ordre interne d’autre part – la dispersion du secteur, la question de l’impact et son évaluation.

En même temps, il y a déjà toute une série de réponses à ces défis : des conditions fiscales très favorables, une visibilité croissante, des initiatives collectives et le travail autour du renforcement des capacités. Un dernier constat à ne pas négliger : elles constituent en France une puissante source de financement de l’innovation sociale car, étant moins sensibles aux questions d’image, de marketing, elles ont moins à se soucier des risques pris dans le soutien aux projets novateurs.

 

Pedro Gonzalez Celada, étudiant du Master 2 en Management des Entreprises Sociales, 2013-2014 (30 avril 2014)

 

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