La philanthropie

Alors qu’en Belgique ou en France, le terme « philanthropie » était quasiment tombé en désuétude, la philanthropie fait un retour marqué en Europe depuis quelques années. La philanthropie désigne, par définition, l’amour du genre humain, et par extension, les actions altruistes des individus.

On peut dire que la philanthropie a toujours existé, au travers des actions de charité ou de solidarité qui ont marqué l’histoire du genre humain. Cependant, la philanthropie moderne serait née dans le monde anglo-saxon, en particulier aux Etats-Unis, à la fin du 19e siècle, des actions des premiers grands « philanthro-capitalistes » en vue du « progrès du genre humain » (1) : Andrew Carnegie, John D. Rockefeller, John Ford, etc.

La philanthropie repose sur l’action volontaire d’individus et d’organisation privées en faveur de l’intérêt collectif. En ce sens, elle se distingue de l’entreprise privée et de l’action publique. Elle encourage et soutient l’entrepreneuriat social et de multiples activités d’intérêt sociétal dans la culture, la recherche scientifique, la réhabilitation ou la préservation du patrimoine, l’action sociale, la coopération au développement, la protection de l’environnement, etc. Jusqu’à présent en Europe, la philanthropie a pris le plus souvent la forme de mécénat d’entreprise, de sponsoring, de volontariat, ou de dons des particuliers.

Elle emprunte donc des formes très variées, et se trouve au cœur de nombreuses traditions philosophiques et religieuses dans le monde. C’est pourquoi nous nous appuyons sur une acception large de la philanthropie, entendue comme l’ensemble des transferts de ressources (financières, dons en nature, bénévolat…) librement consentis par des acteurs privés, en vue de servir le bien commun et d’améliorer la qualité de vie des personnes.

(1) Pour en savoir plus, nous vous recommandons l’ouvrage passionnant d’Olivier Zunz « La philanthropie en Amérique » (2012, Fayard)

L’investissement social

Le retour de la philanthropie en Europe s’accompagne d’un changement de nature de celle-ci. Elle se conçoit de plus en plus comme un investissement réalisé dans la perspective d’un retour sur investissement (return). Selon les souhaits de ces investisseurs sociaux, les outils d’investissements utilisés et les bénéficiaires choisis, le return recherché peut être uniquement un impact social, ou un impact social doublé d’un return financier. Cette nouvelle philanthropie est souvent désignée sous le nom générique « venture philanthropy », en référence au « venture capital » de la finance traditionnelle. On emploie également les termes « impact investing » ou « social investment ».

Ces nouveaux philanthropes peuvent être des investisseurs issus du monde du private equity, des entrepreneurs ou des industriels désireux de donner davantage de l’argent, ou encore des fondations qui se dotent ainsi d’un nouvel outil au service de leur mission d’intérêt général. Quelle que soit leur identité, ils partagent la volonté de s’investir personnellement dans les projets innovants et entrepreneuriaux qu’ils soutiennent. C’est en effet cette volonté d’engagement renforcé auprès de l’organisation bénéficiaire qui caractérise le venture philanthrope, selon la définition proposée par la European Venture Philanthropy Association. L’impact investor veut en effet s’assurer que les dons et investissements qu’il consent produiront bien l’effet attendu. En conséquence, il n’hésitera pas à investir dans l’organisation même, afin de renforcer sa capacité à réaliser la mission qu’elle s’est donnée, à transmettre son expertise, à ouvrir ses réseaux, et surtout à s’engager dans le long terme auprès de l’organisation qu’il a choisi de soutenir.

Cette approche d’investissement implique également la conception et la mobilisation d’outil de mesure de l’impact des entreprises sociales, sans lesquels le social return ne pourrait être évalué.

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