Le 25 septembre dernier, nous présentions à l’occasion du Salon Smart City Wallonia, le 2e tome de notre Guide Pratique de la Smart City, consacré cette année à la participation citoyenne. Dans ce numéro, nous détaillons 8 pratiques destinées à activer/stimuler l’engagement citoyen: l’Open Data, le Hackathon, le Crowdsourcing, la Plateforme participative citoyenne, le Living Lab, la Gamification, le Serious Game, le Budget participatif et enfin le Crowdfunding.

Photo-Atelier-Jonathan

Le salon a également offert la possibilité à notre équipe d’assister à de riches discussions, dont un débat dédié à la participation citoyenne avec la Ville de Chimay, le Gal Meuse@Campagnes et notre chercheur Jonathan Desdemoustier, spécialisé dans les dynamiques d’acteurs en matière de Smart Cities.

Conclusion : Qu’ils fassent usage du numérique ou non, certains des outils développés dans notre Guide sont déjà effectivement mis en place par nos communes en Wallonie : zoom sur deux d’entre elles : le budget participatif et la Plateforme participative citoyenne. Découvrez également une pratique initiée à Chimay afin d’encourager la participation citoyenne aux conseils communaux.

Chimay : précurseur en matière de participation citoyenne

A Chimay, on a déjà bien compris l’importance de la participation du citoyen dans la vie de la commune. C’est ainsi que deux initiatives ont vu le jour : le conseil communal itinérant et le budget participatif.
La commune de Chimay, c’est d’abord un profil rural : 14 villages et 400km de routes communales. On comprend dès lors la difficulté que peuvent rencontrer les élus à faire venir le citoyen lors des conseils communaux qui se déroulaient uniquement dans l’entité de Chimay.
L’idée germe alors : et si c’était le conseil communal qui venait au citoyen ? C’est ainsi qu’une fois sur deux, le conseil se déplace dans les villages. Le résultat est incontestable : les habitants de la commune de Chimay profitent de ce rapprochement pour participer au conseil communal. Madame Fassiaux, bourgmestre de Chimay, cite en exemple le village de Forges, qui compte 800 habitants. Depuis que le conseil se déplace, 50 habitants s’y rendent ! Les citoyens interagissent même avec les politiques et peuvent poser des questions aux élus. Une interaction entre décideurs et habitants est donc possible dans la commune.

 « Mais ce qui me tenait le plus à cœur, c’est ce fameux budget participatif », nous explique Madame la Bourgmestre.

Depuis 4 ans, la commune lance un appel à projet à ses citoyens. Chaque village se voit alors allouer un budget de 4000€ pour mettre en œuvre le projet qui récolte le plus de votes par les habitants. Le but ici est d’impliquer le citoyen directement dans la vie de son village puisque le projet doit être d’intérêt public. Cette initiative permet de recréer du lien au sein des villages et a vu naître 50 projets depuis sa création !

Le GAL Meuse @Campagne et la valorisation de la citoyenneté par le numérique

A Andenne, Fernelmont et Wasseiges, la participation citoyenne passe par le numérique. Ainsi, il y a quelques mois, sous l’impulsion du GAL Meuse @Campagne et du BEP, la plateforme eureka.g1idee voyait le jour. Le but de cette plateforme est de susciter le débat et la discussion sur différentes thématiques, entre les administrations, les élus et les citoyens.
L’initiative n’en étant qu’à ses débuts, les projets présents sur la plateforme sont actuellement portés par le GAL.

« Je vais prendre mon bâton de pèlerin et discuter, rencontrer et présenter le projet dans les conseils communaux. Je vais travailler avec les associations locales pour leur expliquer l’utilité de la plateforme », nous explique Jean-Pierre Trésegnie, chargé du projet « citoyen et numérique ».

En effet, maintenant que l’outil est en place, l’enjeu est de le promouvoir mais également d’inciter et de former les citoyens à son utilisation.

Ce qu’en pense Jonathan Desdemoustier, chercheur au Smart City Institute

De plus en plus, les citoyens, les associations locales, sont considérés comme des « experts » du territoire. A juste titre puisqu’ils sont les plus à même à parler de leur environnement et de leur qualité de vie.
L’avantage des projets de participation citoyenne, c’est qu’ils permettent aussi l’émergence du « smart citizen ». Un « citoyen intelligent », c’est un citoyen qui se rend compte des réalités, des temporalités et des procédures administratives qui composent un projet et la gestion d’une commune.
Lorsqu’on est dans un projet de type « bottom-up », c’est le citoyen qui initie le projet : il y a donc moins de chance de voir apparaître une certaine lassitude et plus de chance de voir le projet aboutir. Il est aussi évidemment question de responsabilisation puisque le citoyen est garant de tous les aspects de la mise en place de son projet : création, mise en œuvre, suivi et budget.

« Ce qu’il y a d’intéressant dans les deux initiatives citées précédemment, c’est qu’assemblées elles forment vraiment un projet Smart City » nous explique Jonathan Desdemoustier.

D’une part, on capitalise sur l’intelligence collective qui émerge des dynamiques d’acteurs, avec des projets qui sont portés par des citoyens et soutenu par les politiques. Et d’autre part il y a l’intelligence numérique basée sur une plateforme de participation citoyenne qui permet d’offrir un support à l’émergence de projets.

Il ne faut cependant pas perdre de vue que l’informatique est un outil et non une fin en soi. L’un des buts des nouvelles pratiques avec une composante technologique est d’être complémentaire aux autres approches plus traditionnelles. Il faut en effet faire attention à la fracture numérique. C’est avec différents outils que l’on touche différentes générations, comme le précise Jonathan :

« La plateforme numérique peut provoquer un désintérêt au niveau des personnes plus âgées qui ne participent, alors, plus à la dynamique mise en place. En revanche, on a un public résilient, plus jeune qui au départ ne participe pas du tout aux enquêtes papier mais qui se sent plus concerné et impliqué grâce à l’outil numérique. Tout est une question d’équilibre ! Le grand défi de la Smart City, c’est d’atteindre les différents publics, avec une participation de toute les strates de la société en maintenant cet équilibre ».

Et de conclure :

« Finalement, ce n’est qu’en co-construisant qu’on arrivera à mettre au point des projets citoyens : organismes publics, acteurs de la société civile, entreprises privées et citoyens peuvent mettre en place des projets globaux pour un territoire intelligent ».

Pour aller plus loin dans le concept de participation citoyenne, consultez le deuxième tome de notre Guide Pratique.

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