Smart Inspiration Day – Que retenir de cette nouvelle journée inspirante ?

Ce 16 mai 2019 à Liège, près de 130 personnes s’étaient donné rendez-vous à la deuxième édition de notre Smart Inspiration Day, dédiée cette année au bien-être dans les villes. Vous n’avez pas pu nous y rejoindre ? A travers deux articles, le Smart City Institute vous propose de revenir sur les questions essentielles qui ont rythmé cette journée d’inspiration.

Smart City : Le bonheur des citoyens au cœur des débats

> Lire aussi : « Que retenir des workshops ? »

L’une des grandes questions qui taraude la plupart de nos villes et communes est sans conteste : Que faire pour maintenir et améliorer la qualité de vie de nos citoyens au quotidien ?

Et si la réponse se situait dans le bonheur ressenti par ceux-ci ?

C’est une évidence direz-vous, mais la question se complique lorsque l’on s’intéresse aux indicateurs qui déterminent ce fameux bonheur. Quels sont donc les facteurs qui influencent réellement et durablement le bonheur des habitants ?

Bonheur VS richesse

Comme le précisait Laurence Vanhée (Chief Happiness Officer et fondatrice d’Happyformance) en ouverture de journée, le monde s’est focalisé ces 30-40 dernières années sur l’optimisation des systèmes production et la performance, au détriment du facteur humain. Une production croissante et l’augmentation de la richesse étaient alors considérées comme des indicateurs clés dans la réussite de nos entreprises et des politiques mises en place.

Mais le bonheur tiendrait-il uniquement à la production de richesses et au développement économique de nos pays et de nos villes ? Pas si sûr.

Anne Henderson (Senior Analyst au Happiness Research Institute de Copenhague), dans sa conférence « How to happy-cities », a d’ailleurs choisi d’illustrer ce propos par un exemple particulièrement criant : la ville de Séoul. Depuis les années 60, la ville a connu un développement économique fulgurant tandis que le bien-être de ses citoyens n’a cessé de diminuer : aujourd’hui, la Corée du Sud figure dans le top 3 des pays ayant le taux de suicide le plus élevé.

Conclusion : La richesse et le bonheur n’iraient donc pas nécessairement de pair.

Parallèlement à cela, en 1972 déjà, le roi du Bhoutan choisissait de mesurer la réussite de son pays non pas uniquement sur base de son PIB, mais aussi grâce à un index novateur pour l’époque, destiné à mesurer « comment ses habitants se sentent ». C’était alors l’un des premiers pays à s’intéresser à la question, faisant place au ressenti des personnes.

Depuis lors, des systèmes de mesure du bonheur n’ont eu de cesse de croitre, signe que le facteur bonheur constitue aujourd’hui un outil reconnu et fondamental pour mesurer la qualité de vie dans nos villes. Albert Schweitzer affirmait d’ailleurs: « le bonheur est la seule richesse qui se dédouble si on la partage ». On cerne donc bien là tout le potentiel que représente le bonheur pour nos villes et communes.

La recette du bonheur

Quels seraient donc les facteurs qui influencent notre bonheur ? Laurence Vanhée, lors de sa conférence abordant la question du bonheur au travail, pointait 9 facteurs essentiels pour se sentir épanoui dans sa vie professionnelle :

  • Le partage d’une vision commune avec son entourage de travail
  • Un climat de confiance
  • Un travail qui fait sens
  • De l’autonomie et de la liberté
  • La réalisation personnelle (mon travail est-il en accord avec mes envies et mes valeurs ?)
  • Le sentiment de responsabilité
  • Le besoin de feedback
  • La notion de reconnaissance
  • La connexion et le lien social

Mais en y réfléchissant bien, cette recette ne pourrait-elle pas s’appliquer plus largement à toute forme de collectivité, et donc, à nos villes et communes ?

Une ville où il fait bon vivre ne cherche-t-elle pas à favoriser le lien entre ses citoyens, à les impliquer davantage pour co-créer des services qui répondent au mieux à leurs besoins et leurs valeurs ?

Ville intelligente et bonheur

Bien que l’étude du bonheur ne soit pas une science exacte, certains l’étudient néanmoins, via toute une série d’indicateurs. C’est le cas du Happiness Research Institute de Copenhague, dont Anne Henderson est membre. Parmi les grandes questions évoquées lors de son intervention : Comment pouvons-nous mesurer le bonheur des citoyens ?

A l’échelle des villes, mesurer leur bonheur reviendrait à étudier le degré de satisfaction que leur procure leur vie dans sa globalité, en s’attardant sur certains facteurs clés, qui sont bien entendu influencés par le milieu dans lequel ils vivent.

On retiendra par exemple comme facteur déterminant leur espérance de vie, la liberté de faire leurs propres choix, leurs contacts sociaux, leur santé mentale, la confiance qu’ils accordent à leurs concitoyens et leur gouvernement, le sentiment de sécurité qu’ils éprouvent, leur générosité (en termes d’argent ou de temps), mais également le PIB.

Par ailleurs, se pencher sur les 6 dimensions de la Smart City (Smart Mobility, Smart Economy, Smart Environment, Smart Living, Smart People, Smart Governance), et le niveau de satisfaction qu’elles confèrent au citoyen constitue également une piste de réponse particulièrement révélatrice : les projets et services mis au point par ma ville/commune contribuent-ils au bien-être de ses habitants ?

Vous l’aurez donc compris, mesurer le bonheur de ses citoyens, c’est non seulement considérer chacune des dimensions déterminantes de nos villes d’aujourd’hui et le degré de satisfaction qu’elles procurent, mais également prendre en compte des facteurs intrinsèques aux personnes, ceux-ci étant influencés par le milieu où ils vivent. Comme l’affirme Anne Henderson : « Une ville intelligente est aussi une ville heureuse. »

Qu’en est-il à Copenhague et Vienne ?

Toutes deux reconnues comme références mondiales en matière de qualité de vie, les villes de Copenhague et de Vienne ont misé sur le bonheur et le bien-être de leurs citoyens depuis de nombreuses années, à travers la construction de leurs stratégies.

Le Danemark figure par exemple dans le top 3 des pays les plus heureux (Belgique en 18ème position). Le principal facteur qui influence ce classement ? Dans les pays nordiques, la notion de confiance occupe une place prépondérante dans le bonheur de leurs habitants et fait partie intégrante de leur culture. Assis(e) à la terrasse d’un café, seriez-vous prêt(e) à laisser votre nourrisson sans surveillance dans son berceau le temps d’aller régler votre addition au comptoir ? Chez nous, cela peut paraître impensable, mais pour les Danois, c’est tout à fait normal : ils s’accordent une confiance mutuelle.

Sa capitale, Copenhague, est quant à elle reconnue en Europe comme « the most liveable City ». En effet, la ville mise notamment beaucoup sur son système de santé, ses infrastructures, son système de transport et sa « culture du vélo ». A Copenhague, il y a 5x plus de vélos que de voitures. 63% des membres du Parlement Danois se rendent d’ailleurs au travail à vélo. De simples aménagements tels que des poubelles publiques penchées au niveau des pistes cyclables, qui permettent aux cyclistes de jeter leurs déchets sans devoir s’arrêter, ou encore des rampes pour ne pas devoir déposer son pied au sol lorsqu’il faut marquer un arrêt contribuent, au quotidien, à rendre les cyclistes plus heureux !

Plus proche de notre plat pays, la ville de Vienne n’a rien à envier à la capitale danoise puisqu’en 2019, elle a été élue pour la 10ème fois ville du monde la plus agréable à vivre. Nikolaus Summer (Senior Expert pour la Smart City Agency de la ville), nous confirme cela lors de son intervention via ce chiffre particulièrement parlant : 96% de ses résidents déclarent aimer vivre à Vienne ! Mais quelles sont donc les forces de cette ville ?L’afflux de jeunes citoyens malgré un vieillissement croissant de la population (dynamisme), un taux de criminalité très faible, ou encore sa politique d’inclusion sociale : 60% des Viennois sont éligibles pour bénéficier d’un logement social. Ce type de logement est fort développé et donc très courant dans la ville, à tel point qu’on en retrouve dans tous les quartiers, même les plus riches, ce qui favorise une vraie mixité sociale. Par ailleurs, Vienne est une ville de courte distance, favorisant notamment le transport public – 73% de la mobilité urbaine est d’ailleurs considérée comme verte. Enfin, près de la moitié de la ville est composée d’espaces verts. Objectif 2050 de la ville de Vienne : offrir le plus haut niveau de qualité de vie possible, tout en préservant les ressources et en laissant place à l’innovation.

Et la technologie dans tout ça ?

Le numérique occupant une place toujours plus importante dans nos vies, il est évident qu’il peut contribuer à un mieux-être dans nos villes – à condition de répondre à un besoin ou une problématique clairement identifiée. Par exemple, à Quito (Equateur), l’utilisation des smartphones a permis de renforcer la sécurité dans les transports publics. Autre exemple intéressant : Goodcitylife. Cette application permet, par exemple, de trouver un trajet non seulement le plus rapide possible, mais aussi le plus agréable possible. Comment ? Elle propose, sur l’itinéraire, un détour de quelques minutes, fournissant ainsi à l’usager une expérience totalement différente : chemins plus agréables, fleuris et verts, passage dans des quartiers agréables, moins bruyants, … Un moyen d’arriver de bonne humeur le matin, sans pour autant trop perdre en efficience. Le gain émotionnel (et non de temps) serait donc la vraie clé du bonheur.

Pour aller plus loin : Smart Inspiration Day, que retenir de cette journée inspirante – Article #2

Méthode : Feelgood toolkit – Comment mesurer concrètement le bien-être de vos citoyens ?

Share on FacebookTweet about this on TwitterShare on LinkedInGoogle+Print this pageEmail to someone